BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

beaucoup_de_bruit_pour_rien
Grand succès pour cette mise en scène iconoclaste de Philippe Person dans une adaptation osée et assez libre de Philippe Honoré qui réduit l’oeuvre shakespearienne à 1h15 en n’en gardant que l’essentiel de l’intrigue. Et le travail de ces deux hommes se doit d’être salué en effet : nous voilà plongés dans l’Amérique des années 50 à un rythme effréné ! Claudio et Benedict, les deux chevaliers revenant de guerre, sont devenus ici des soldats américains en tenue marron. Hero, Béatrice et Marguerite, les personnages féminins, ont des coiffures et des robes qui semblent tout droit sorties des pubs pour lessive de ces années là, elles boivent du coca-cola à la paille et font du oula hoop. Une scénographie légère encadre l’ensemble : en fond de scène, trois grands stores qui forment un mur, et deux grands fauteuils art déco orange criard. La reconstitution de l’époque choisie par le metteur en scène est excellente, tout semble parfait pour passer un bon moment, follement décalé. Et c’est presque le cas.
On rit souvent, on s‘amuse toujours. On se régale principalement grâce au talent d’Emmanuel Barrouyer qui compose un excellent Benedict en nous montrant également ses talents de chanteur et de danseur avec une grande aisance et précison corporelle. Il a autant de classe et de naturel lorsqu’il passse un peigne dans ses cheveux gominés ou qu’il danse le twist sur du Elvis Presley. Son ami Claudio, naïf et sympathique, tire aussi son épingle son du jeu en interprétant également avec bonheur le sinistre et manipulateur Don Juan qui apparait toujours sur un fauteuil roulant avec ray-ban et ambiance glauque de néon vert. Le reste de la distribtion est vraiment en faiblesse par rapport à eux et aucun ne m’a marqué…
Si les possibilités offertes par la forme originale des deux sièges sont bien utilisées, les stores, eux, ne sont pas utilisés du tout. Et cela m’a posé question pendant toute la durée de la pièce : à quoi cela sert-il d’avoir installé des stores en fond de scène comme unique décor quasiment, si c’est pour ne jamais les utiliser ? (à part une fois, quand un des trois pans s’entrouvrent pour espionner). Ce choix du metteur en scène reste un mystère total pour moi.
Evidemment réduite, l’intrigue se trouve ressérée mais n’y gagne pas forcémment : les péripéties, le comique, le drame et l’heureux dénouement s’enchainent sans nous laisser vraiment profiter de chaque, et nous voilà déjà à l’happy end devant tout ce beau monde se déhanchant joyeusement sans qu’on ai pu goûter la tension dramatique causée par les rebondisements. Le pire peut-être est que cette façon de tout jouer de façon bondissante, enjouée, kitsh et désinvolte, nous faire perdre au fond “l’humain” du spectacle, la sincérité des sentiments et des relations entre les personnages qui, forcément, nous touchent moins. C’est pétillant comme du coca-cola, léger comme du oula hoop, aussi rythmé que du twist, mais aussi peu émouvant qu’un chewing-gum. A vouloir être iconoclaste, Shakespeare n’est plus vraiment là. Ce n’est pas moins bien, c’est juste… très différent. Mais qu’importe, même si j’en suis sorti avec un avis mitigé, le spectacle déménage, met de bonne humeur, et comme dit Télérama, “se voit avec infiniment de plaisir”.
Published in: on 4 août 2009 at 13:35  Laisser un commentaire  
Tags: ,

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

beaucoup de bruit pour rien

Amateurs de sensations fortes ? Venez au théâtre ! Shakespeare a déjà été vu, étudié, mis en scène et représenté 26 000 fois ? Oui, mais pas encore par les 26 000 couverts!  Ce nom ne vous met-il pas déjà l’eau à la bouche ? Du théâtre de rue qui vient jouer le répertoire dans une “vraie” salle, voilà de quoi réjouir votre estomac qui aurait faim d’originalité bien sûr ! Mais de quoi peut-on encore être sûr à notre époque ? Et le théâtre n’est-il pas le lieu même du changement perpétuel, de l’insaisissable métamorphose ?
Les 26 000 couverts vous ont mijoté un spectacle de résistance dont les ingrédients, cuits à feu vif… d’esprit, vous laisseront en bouche le merveilleux goût du plaisir d’avoir partagé un pur moment de théâtre, unique et poétique. On ne voit pas le temps passer pendant ce repas avec eux, et le dessert est à l’image du reste : pétillant, exubérant… et réjouissant !
Ce spectacle fait voler en éclat toutes les conventions théâtrales et réduit en cendres le quatrième mur… et pourquoi pas les trois autres d’ailleurs ? Ne cherchez pas le côté cour et le côté jardin, acceptez de perdre tous vos repères, profitez pleinement du moment et laissez-vous embarquer dans cette douce folie délirante… mais tellement agréable ! Jamais une pièce du répertoire n’a parue aussi contemporaine, et jamais le spectateur ne s’est senti aussi impliqué dans la représentation, et aussi proche des acteurs…
Entrez donc dans ce feu d’artifice théâtral que vous propose l’imagination débridée de Philippe Péhenn, le metteur en scène ! Un monde où l’on peut construire l’inattendu, où les prêtres peuvent être lubriques, où les fantômes peuvent parler anglais, et où les acteurs peuvent être… des hommes ordinaires…
Ici tout le monde est mis à contribution, mais on ne cherche pas à plaire : les théâtreux en repartent honteux, les professeurs de Français en repartent vexés, les reporters en repartent en colère… le seul qui ne veut pas en partir, c’est vous, c’est moi : le spectateur qui voudrait prolonger… son bonheur.
Ainsi donc si les 26 000 couverts viennent dresser leur table près de chez vous et vous invitent à leur banquet théâtral, n’hésitez pas une seconde ! Ils sauront vous mettre en appétit, et vous passerez sans soucis en compagnie de cette compagnie l’une des meilleures soirées… de votre vie !
Published in: on 28 juillet 2009 at 00:00  Laisser un commentaire  
Tags: , ,
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.