CASIMIR ET CAROLINE

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Une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé sur l’excellent site lestroiscoups.com une critique de cette pièce qui correspond trop exactement à mon propre avis pour je désire me lancer dans une médiocre paraphrase. Voici donc la critique de Sylvie Beurtheret, à propos de la pièce “Casimir et Caroline”, d’Ödön von Horváth, donnée cette année au festival IN dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes d’Avignon.
Mon premier Festival In d’Avignon… Je ne pouvais pas faire l’impasse sur la mythique cour d’Honneur. Ce soir-là, « Casimir et Caroline », les amoureux déçus de l’auteur germano-hongrois Ödön von Horváth (1901-1938) s’y étaient pour la troisième fois donné rendez-vous. Dans le charivari d’une fête foraine. Pour sûr, du chambard il y en a eu ! Mais étouffant du coup les résonances d’une pièce à la réputation de chef-d’œuvre. Loin de me griser, cette Fête de la bière devenue opérette pop sous la baguette des Néerlandais Johan Simons et Paul Koek, deux vieux compagnons de route célèbres dans le nord de l’Europe pour leurs « spectacles-performances », allait me coller des aigreurs d’estomac.
Tout avait pourtant bien commencé. Dans l’esthétique criarde et déchirante d’un décor dû au scénographe allemand Bert Neumann. Dévorant les murailles du palais des Papes, un immense échafaudage se fait montagnes russes, jukebox géant. « Enjoy » ordonne une grande enseigne, de ses lettres scintillantes. Tandis que tout là-haut dans les étoiles, enfantine chimère, une petite maison éclaire la nuit de son néon rose. Sur le plateau, on a garé une improbable voiture, et des musiciens en costume de troubadour s’apprêtent. Le miroir aux alouettes est en place. Et je me sens toute chose quand déboulent une Caroline et un Casimir beaucoup plus âgés que les rôles (mais Casimir ne glissera-t-il pas au fil d’une réplique « nous vivons dans une société où nous avons l’air plus vieux que notre âge » ?). Ce qui les rend vraiment plus touchants et populaires. Elle, habillée pour sortir, en robe verte de petite fille et perruque blonde de Marilyn. Lui, gros nounours pataud en baskets et chemise hawaïenne. Hélas ! Mon émotion sera de courte durée.
Caroline, c’est une petite employée qui rêve de réussite sociale et entraîne son amoureux à la grande Fête de la bière à Munich, histoire d’oublier un peu la dureté de la vie. Mais Casimir ne voulait pas y aller à cette fête : il vient de perdre son emploi de chauffeur et vit du coup dans la hantise que sa fiancée le quitte pour un plus riche. Même si elle lui jure farouchement que leur amour est plus fort que l’argent. Mensonge… Le temps de la fête, lieu de joyeuse illusion d’égalité et d’identité populaires, elle s’encanaillera au gré de ses rencontres, finissant par abandonner son amoureux pour des hommes plus aisés. Tandis que Casimir se consolera avec la petite amie d’un copain malfrat. Comme quoi, les hiérarchies sociales et l’argent roi finissent toujours par s’imposer. Voilà toute l’histoire.
Mais l’histoire ne prend pas. Pendant deux trop longues heures (le texte est pourtant plutôt ramassé), la troupe néerlandaise se démène dans tous les sens, grimpant moult fois aux étages. Admirable énergie, bien sûr ! Mais cette débauche de mouvements m’essouffle, me faisant perdre en chemin la force dramatique du texte. D’autant que les comédiens, qui ont certes le mérite de donner la réplique dans un français mâtiné d’un accent délicieux, butent souvent sur les mots. On dirait des marionnettes ! Pas des êtres de chair et de sang… Ça sonne drôlement faux et ça manque de finesse. Je ne ressens rien du bel amour en fuite du couple Els Dotterman (Caroline) et Wim Opbrouck (Casimir). Rien de leurs blessures profondes, de leurs démons intérieurs ni de leurs doutes. Kristof Van Boven joue sans subtilité la petite frappe Franz Merkel. Deux personnages heureusement arrivent à me toucher. Oscar Van Rampay, tout en distinction et retenue, rend bien l’ambivalence du timide tailleur Schürzinger, courageux et lâche à la fois. Et la longue tige de Yonina Spijker (Erna), tout en grâce maladroite, campe très justement la fille paumée.
En vain : je commence à décrocher. Assourdie par les synthétiseurs de Paul Koek, qui a composé tout exprès une partition new wave très années 1980. Belle musique, hélas omniprésente : où sont ces silences qui en disent long ? Et cette fête foraine a beau trop bien s’entendre, je ne la vois pas. Juste une présentation expédiée d’un monstre de foire, c’est frustrant. Alors, quand le tailleur lâche au ciel un ballon-dauphin, symbole de ses espoirs déçus, mon esprit s’envole avec. Depuis belle lurette, d’ailleurs, des grappes de spectateurs désertent la Cour. En silence toutefois. Pas de ces inutiles huées qui avaient retenti au soir de la première… Bref ! Quand je redescends de mon nuage, le spectacle s’achève sur des comédiens qui chantent. Et là, miracle, je les trouve, mais un peu tard, poignants…
Ouf ! Je quitte le bel endroit, un brin horripilée. M’interrogeant sérieusement sur l’intérêt de ce texte écrit au seuil des années 1930, à la veille des grands bouleversements qui ravageront l’Allemagne. Les connaisseurs, dont Johan Simons et Paul Koek, disent pourtant toute la portée profonde de cette pièce magnifique qui parle, dans une langue grave, stylisée et poétique, de ces êtres broyés par la crise et l’exploitation économique. Un drame socio-amoureux d’une criante actualité, donc. Alors, j’ai la désagréable sensation que les deux complices néerlandais ne nous en « offrent » qu’une proposition explosive, sonore et vide… Bon ! Je vais lire cette pièce. Pour l’entendre enfin. Au calme.

Sylvie Beurtheret
pour Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com
Published in: on 11 août 2009 at 16:57  Laisser un commentaire  
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L’ASSEMBLÉE DES FEMMES

L'assemblée des femmes
Cette adaptation de la célèbre comédie antique d’Aristophane est interprétée avec beaucoup de bonheur par la troupe des Kézakos, “la plus jeune troupe du festival”, comme ils se plaisent à le mettre en avant. Dans la cité athénienne, les femmes prennent le pouvoir par ruse et instaurent leur idéal de paix et de mise en commun des biens, aux dépends des hommes auxquels elles se refusent tant qu’ils n’auront pas accepté leur domination. Les choix de mise en scène de Sylvie Guillaume visent avec réussite la simplicité et l’efficacité. Dans un décor utilitaire à la sobriété bien venue, pas d’accessoires, à part quelques batons et des fausses barbes, tout est mimé. Avec des costumes qui se veulent “d’époque”, ces jeunes talents mèlent au texte antique des choeurs chantés, rapés, dansés, a capella ou à l’aide de beat box produite en live par un des comédiens. Tout cela est très frais, agréable, et les quelques longueurs ou lenteurs dans les transitions sont vites oubliées grâce à la générosité et la spontanéité de ces jeunes qui croient à ce qu’ils font avec également beaucoup de second degré. On peut souligner notamment l’énorme potentiel comique de Thomas Leny et Jonas Dromard, la bonne composition de Matthieu Allègre ou encore la juste fermeté  de Lisa Nedellec. L’énergie et la bonne humeur communicative de tous ces jeunes est réellement réjouissante. Un spectacle amateur qui vaut le détour.
Published in: on 9 août 2009 at 14:06  Commentaire (1)  
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SACCO ET VANZETTI

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L’histoire on la connait : ces deux immigrés italiens aux Etats-Unis, dont le seul tort était d’être anarchistes, condamnés à mort en 1927 après un procès montée de toutes pièces. La fin aussi, donc, on la connait : ce sera la chaise électrique. La nuit précédant cette décharge ultime, Nicolas Sacco, dans sa cellule, retrouve comme dans un songe son compagnon de toujours Bartolomeo Vanzetti. Et tout le talent de l’auteur Alain Guyard est dans l’idée de cette dernière rencontre fantasmée au cours de laquelle ils vont tous deux faire revivre devant nous leur itinéraire. Dans ce rêve théatral à deux se croisent leurs souvenirs et leurs peurs, le passé et l’absence de futur, au nom d’une cause révolutionnaire pour laquelle ils ont donné leur vie.
Ce spectacle tend vers la perfection : on trouve ici l’adéquation parfaite entre un texte fort, des comédiens brillants, et une mise en scène géniale. Ceci concourt à créer un moment extraordinaire de beauté et d’émotion, que l’on n’est pas prêt d’oublier, un spectacle qui fait aimer le théâtre dans ce qu’il a de plus splendide. On connaissait Dau et Catella en tant que duo d’humoristes. Ils prouvent ici l’étendue de leur talent en interprétant de façon magistrale, en plus de Sacco et de Vanzetti, une multitude de personnages de composition très différents. Leur talent est impressionnant.
La mise en scène de François Boucier relève véritablement du génie : dans une allégorie très bien vue de ‘la’ chaise électrique sur laquelle ils finiront leur vie, six chaises sur scène constituent l’essentiel du décor grâce à diverses utilisations à la fois esthétiques et ingénieuses. Quelques ampoules pendent du plafond, et leur grésillement récurrents, signe des tests d’électricité, contribue de façon très fine à la tension dramatique qui va croissante tout au long de la pièce. L’appui parcimonieux et intelligent de la vidéo sur un drap blanc appuie la force de l’ensemble en replaçant les faits dans leur contexte historique. Ce drap, en se déroulant et recouvrant une partie de la scène, apporte ensuite comme un baume de paix et de pureté dans ce milieu très sombre, dans les deux sens du terme, de la prison, comme un chemin immaculé vers l’éternité aussi, ou la fin de leur chemin terrstre, au bout duquel se dresse cette chaise tant redouté. Avec un drap, des ampoules et quelques chaises, François Bourcier nous fait rêver, nous fait pleurer, nous fait vibrer. C’est du génie.
La standing ovation qui salue ce spectacle à sa juste valeur est longue, nourrie, eclatante. Dau et Catella m’ont fait pleurer, sans aucun pathos, sans être allé tirer mes larmes, simplement en incarnant les doutes, les incompréhensions, les rêves de deux anarchistes, deux êtres humains confrontés à l’injustice, l’absurdité et l’intolérance humaine. La sortie du public se fait sur la chanson mythique de Joan Baez qui a immortalisé les deux hommes. On sort les yeux brouillés de larmes, le coeur chargé d’émotion, et il faut un long temps pour retrouver la capacité de discuter. Indéniablement un de mes plus beaux moments de théâtre.

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

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Grand succès pour cette mise en scène iconoclaste de Philippe Person dans une adaptation osée et assez libre de Philippe Honoré qui réduit l’oeuvre shakespearienne à 1h15 en n’en gardant que l’essentiel de l’intrigue. Et le travail de ces deux hommes se doit d’être salué en effet : nous voilà plongés dans l’Amérique des années 50 à un rythme effréné ! Claudio et Benedict, les deux chevaliers revenant de guerre, sont devenus ici des soldats américains en tenue marron. Hero, Béatrice et Marguerite, les personnages féminins, ont des coiffures et des robes qui semblent tout droit sorties des pubs pour lessive de ces années là, elles boivent du coca-cola à la paille et font du oula hoop. Une scénographie légère encadre l’ensemble : en fond de scène, trois grands stores qui forment un mur, et deux grands fauteuils art déco orange criard. La reconstitution de l’époque choisie par le metteur en scène est excellente, tout semble parfait pour passer un bon moment, follement décalé. Et c’est presque le cas.
On rit souvent, on s‘amuse toujours. On se régale principalement grâce au talent d’Emmanuel Barrouyer qui compose un excellent Benedict en nous montrant également ses talents de chanteur et de danseur avec une grande aisance et précison corporelle. Il a autant de classe et de naturel lorsqu’il passse un peigne dans ses cheveux gominés ou qu’il danse le twist sur du Elvis Presley. Son ami Claudio, naïf et sympathique, tire aussi son épingle son du jeu en interprétant également avec bonheur le sinistre et manipulateur Don Juan qui apparait toujours sur un fauteuil roulant avec ray-ban et ambiance glauque de néon vert. Le reste de la distribtion est vraiment en faiblesse par rapport à eux et aucun ne m’a marqué…
Si les possibilités offertes par la forme originale des deux sièges sont bien utilisées, les stores, eux, ne sont pas utilisés du tout. Et cela m’a posé question pendant toute la durée de la pièce : à quoi cela sert-il d’avoir installé des stores en fond de scène comme unique décor quasiment, si c’est pour ne jamais les utiliser ? (à part une fois, quand un des trois pans s’entrouvrent pour espionner). Ce choix du metteur en scène reste un mystère total pour moi.
Evidemment réduite, l’intrigue se trouve ressérée mais n’y gagne pas forcémment : les péripéties, le comique, le drame et l’heureux dénouement s’enchainent sans nous laisser vraiment profiter de chaque, et nous voilà déjà à l’happy end devant tout ce beau monde se déhanchant joyeusement sans qu’on ai pu goûter la tension dramatique causée par les rebondisements. Le pire peut-être est que cette façon de tout jouer de façon bondissante, enjouée, kitsh et désinvolte, nous faire perdre au fond “l’humain” du spectacle, la sincérité des sentiments et des relations entre les personnages qui, forcément, nous touchent moins. C’est pétillant comme du coca-cola, léger comme du oula hoop, aussi rythmé que du twist, mais aussi peu émouvant qu’un chewing-gum. A vouloir être iconoclaste, Shakespeare n’est plus vraiment là. Ce n’est pas moins bien, c’est juste… très différent. Mais qu’importe, même si j’en suis sorti avec un avis mitigé, le spectacle déménage, met de bonne humeur, et comme dit Télérama, “se voit avec infiniment de plaisir”.
Published in: on 4 août 2009 at 13:35  Laisser un commentaire  
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LE MURMONDE – REVUE DE PRESSE

le murmonde

Libérer la parole de l’enfant…
Henri Lépine – La Marseillaise / Ruedutheatre.eu

Le premier crime de l’adulte ? Tuer l’enfant qu’il garde en lui… Ou, tout au moins, l’ignorer et étouffer sa parole… Certains malheureusement y parviennent. Je ne sais plus quel poète disait un jour dans un colloque : « Il y a dans chaque être humain adulte un enfant qui sanglote… ». Dans « Le Murmonde », pour le consoler autant qu’il est possible, Serge Kribus a décidé de rendre à l’enfant sa parole. Et sur la scène du théâtre, sans doute y est-il, en grande partie, parvenu…

Seul dans sa chambre, Maurice, dit Momo, a décidé de nous faire connaître son univers et ses revendications en une sorte de conférence sur lui-même… En réalité, Momo n’est plus tout à fait un enfant… Et pas encore un adulte. Un préado dirons-nous. Il nous décrit ses relations avec ses parents, l’école, les autres, le monde des adultes, telles qu’il les vit jour après jour… Les relations avec le père sont particulièrement difficiles. Ce dernier supporte mal, en effet, de voir et entendre son fils parler tout seul : « Tu parles à des murs, Momo ! Il n’y a personne dans ta chambre!» lui crie-t-il, ignorant totalement la dimension ludique mais aussi théâtrale de la situation… Momo, tout à son jeu, est tout seul à voir qu’il y a du monde autour de lui, sur les murs de sa chambre. Evoluant dans une forme scénique ovoïde, une sorte de cirque (le théâtr’œuf) pouvant évoquer l’univers intra utérin, Momo fait quelquefois appel à Zorro ou à Cochise, le grand chef apache… Des musiques et des chants indiens viennent apporter le souffle de la grande prairie comme un appel au rêve et à l’aventure vers les grands espaces. C’est aussi parfois Nounours qui apparaît; mais son déguisement peut servir aussi à dissimuler une horrible sorcière ! La réalité, peut-être? A moins que ce ne soit sa caricature ?

Portant sur ses épaules la forte présence, le discours et le jeu permanent de ce personnage fougueux de Momo, Emmanuel Drap fait preuve d’une énergie étonnante, celle dont sont souvent porteurs, très tôt,  es enfants eux-mêmes. Il excelle dans les changements de registres d’expression. La reprise de contact finale de Momo avec son père est plutôt pour ce dernier une retrouvaille avec son propre état d’enfance et sa propre capacité à s’émerveiller… A briser la carapace qui l’enserre afin de jeter à nouveau sur le monde, son Murmonde à lui, un regard neuf… Et retrouver aussi, peut-être, une nouvelle innocence…

Le Murmonde : le cri de l’enfance…
Gérard Dusserre – Avignews / Avignews.com

Le TRAC de Beaumes de Venise présente ici une approche percutante de l’univers de l’enfance.
Le jeune comédien Emmanuel Drap tient le spectacle à bout de bras, au centre d’une scène circulaire. Il interprète un enfant, Maurice, dit Momo, perturbé par les rapports difficiles qu’il entretient avec le monde écrasant des adultes. Exposant comme le ferait un conférencier devant son auditoire, il propose son point de vue sur sa dure réalité. Entraîné par son imagination, rempli d’énergie mais aussi de craintes, il est le seul à voir les personnages qui viennent le visiter dans sa chambre. Il y a là, par exemple, le chef indien Cochise, symbole de la résistance ou encore Zorro. Ces rencontres le rassurent un peu, seulement son père paraît incapable de le comprendre et de communiquer avec lui. Comment sortir de cette impasse ?

Cette représentation soulève des questions importantes sur la difficulté, finalement souvent inaperçue, d’être un enfant. Le texte est riche et particulièrement bien mis en valeur par des comédiens appliqués. Emmanuel Drap incarne son personnage avec beaucoup de conviction et sa performance est remarquable. Le propos et la mise en scène de ce spectacle suggèrent des pistes de réflexion essentielles sur l’incommunicabilité entre les enfants et des parents parfois/souvent trop sérieux pour voir le monde autrement.

Vu pour vous : Le Murmonde
Pierre Santucci – L’Hebdo Le Comtadin

L’enfance… période de la vie bercée de tendre insouciance dirions-nous ! Ce n’est pourtant pas la vision que partage le petit Maurice qui nous invite à sa conférence. Cloitré dans sa chambre, le jeune garçon dénonce l’aveuglement des adultes, mais aussi l’absurdité de leur monde façonné par le regret et la frustration. Entre quatre mus, Momo se confronte à l’indifférence de son père et fait part avec sincérité de son angoisse existencielle : celle de grandir trop vite. Tout autour de lui, son public l’observe. Alors qui d’autre que le comédien Emmanuel Drap pour interpréter avec fougue et fraicheur un tel rôle ? Cette graine d’artiste se fond avec humour et tendresse dans la peau de cet “animal ludique” qu’est l’enfant. Et lorqu’il vous transmet ses désirs, ses peurs, le jeune comédien nous fait passer du rêve à la réalité, de l’évasion à l’enfermement, en conservant une osmose intime avec son public !

Published in: on 1 août 2009 at 14:24  Commentaires (4)  
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BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

beaucoup de bruit pour rien

Amateurs de sensations fortes ? Venez au théâtre ! Shakespeare a déjà été vu, étudié, mis en scène et représenté 26 000 fois ? Oui, mais pas encore par les 26 000 couverts!  Ce nom ne vous met-il pas déjà l’eau à la bouche ? Du théâtre de rue qui vient jouer le répertoire dans une “vraie” salle, voilà de quoi réjouir votre estomac qui aurait faim d’originalité bien sûr ! Mais de quoi peut-on encore être sûr à notre époque ? Et le théâtre n’est-il pas le lieu même du changement perpétuel, de l’insaisissable métamorphose ?
Les 26 000 couverts vous ont mijoté un spectacle de résistance dont les ingrédients, cuits à feu vif… d’esprit, vous laisseront en bouche le merveilleux goût du plaisir d’avoir partagé un pur moment de théâtre, unique et poétique. On ne voit pas le temps passer pendant ce repas avec eux, et le dessert est à l’image du reste : pétillant, exubérant… et réjouissant !
Ce spectacle fait voler en éclat toutes les conventions théâtrales et réduit en cendres le quatrième mur… et pourquoi pas les trois autres d’ailleurs ? Ne cherchez pas le côté cour et le côté jardin, acceptez de perdre tous vos repères, profitez pleinement du moment et laissez-vous embarquer dans cette douce folie délirante… mais tellement agréable ! Jamais une pièce du répertoire n’a parue aussi contemporaine, et jamais le spectateur ne s’est senti aussi impliqué dans la représentation, et aussi proche des acteurs…
Entrez donc dans ce feu d’artifice théâtral que vous propose l’imagination débridée de Philippe Péhenn, le metteur en scène ! Un monde où l’on peut construire l’inattendu, où les prêtres peuvent être lubriques, où les fantômes peuvent parler anglais, et où les acteurs peuvent être… des hommes ordinaires…
Ici tout le monde est mis à contribution, mais on ne cherche pas à plaire : les théâtreux en repartent honteux, les professeurs de Français en repartent vexés, les reporters en repartent en colère… le seul qui ne veut pas en partir, c’est vous, c’est moi : le spectateur qui voudrait prolonger… son bonheur.
Ainsi donc si les 26 000 couverts viennent dresser leur table près de chez vous et vous invitent à leur banquet théâtral, n’hésitez pas une seconde ! Ils sauront vous mettre en appétit, et vous passerez sans soucis en compagnie de cette compagnie l’une des meilleures soirées… de votre vie !
Published in: on 28 juillet 2009 at 00:00  Laisser un commentaire  
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UNE VOIX SOUS LA CENDRE

Une voix sous la cendre

Alain Timar, metteur en scène et scénographe de talent, nous propose cette année de donner vie sur scène au témoignage du polonais Zalmen Gradowsky : déporté à Birkenau, il est transféré au Sonderkommando, chargé d’aider les SS à brûler les cadavres et enfouir ou disperser leurs cendres. Il fut probablement tué en octobre 19944 durant la révolte du Sonderkommando dont il fut un des chefs. Témoignage fort dans sa vérité, poignant dans son horreur, comme le donne à penser le début, prometteur pour le moins :
“J’ai écrit ce texte à l’époque où je me trouvais au Sanderkommando. J’ai voulu le laisser, ainsi que de nombreuses autres notes, en souvenir pour le futur monde de paix, afin qu’on sache ce qui s’est passé ici. je l’ai enterré dans les cendres en pensant que c’était l’endroit le plus sûr, où l’on creuserait sûrement afin de retrouver les traces des millions d’hommes qui ont péri… Nous, les membres du Sonderkommando, voulions depuis longtemps mettre fin au terrible travail qu’on nous a forcé à faire sous peine de mort. Nous voulions faire quelque chose de grand. Les hommes du camp, une partie des Juifs, des Russes et des Polonais nous ont retenus de toutes leurs forces et obligés à reporter la date de la révolte. Mais le jour est proche. Il peur survenir aujourd’hui ou demain. J’écris ces lignes au moment du plus grand danger et de la plus grande excitation. Puisse l’avenir prononcer spn jugement sur la base de ses notes, puisse le monde y apercevoir au moins un pâle reflet du monde tragique dans lequel nous avons vécu…”
L’acteur chargé de redonner vie à cette voix enfouie sous la cendre est François Clavier. Et toute la déception vient de lui. Car en effet, et malgré un fond passionnant, nécessaire, fort, le spectacle est une déception. On pénètre dans l’obscurité du théâtre des Halles, les murs et le plateau noirs et nus, large, très profond, mais bas de plafond, on a bien l’impression d’un bunker. Rien ne peut accrocher l’oeil, excepté ce grand carré blanc en fond de scène. Dans cette large surface désolée apparaît François Clavier. Déjà très grand, large d’épaule, il est vêtu d’une veste qui lui est encore trop grande, d’un pantalon laid et mal coupé, tout cela est sans doute voulu, mais cela lui donne un aspect maladroit et ridicule. C’est mal parti.
Son monologue se déroule, entrecoupé de quelques notes de violons, un peu serinantes, et l’ensemble parait long, avec certaines apostrophes dérangeantes et malvenues au public, “cher ami”, invité à suivre le récit de cet horrible voyage.  L’acteur dégouline littéralement sans vraiment faire grand chose, on le plaint, on voudrait compatir, partager l’émotion qu’il tente de nous donner. En vain. Il donne l’impression de maîtriser ni son corps ni ses silences, ses gros points fermés qu’il agite violemment font sourire. Et il n’amène rien de nouveau, et on s’ennuie. Les ordres des allemands sont criés, le reste du temps ce n’est que du pathos. Ma prof d’Histoire ne m’aurait pas plus ému.
Ce témoignage là est loin d’être le plus bouleversant, et ce thème si important aurait mérité d’être bien mieux traité. Cinq personnes en tout sont sortis pendant la représentation. L’embryon d’émotion qu’on aurait peut-être pu commencer à ressentir est complètement brisé à la fin en même temps que l’illusion théâtrale quand, en silhouette devant le carré blanc, l’acteur nous indique que le texte s’arrête là, donc que c’est fini, mais qu’il nous invite à lire d’autres témoignages de ce genre. Quelle erreur cette fin !
Comme tout est nu, et on félicite cette sobriété bienvenue, on ne voit que François Clavier. Et ses larges épaules ne suffisent pas à porter seules ce spectacle. Timar a pourtant fait un très bon travail de scénographie, comme à son habitude, dans une sobriété malheureusement aseptisé qui ne peut laisser poindre l’émotion humaine. Mais l’idée géniale est ce grand carré blanc en fond de scène : sans que l’on s’en rende compte, il avance vers nous régulièrement et imperceptiblement pendant 1 heure 20 jusqu’à coincer l’acteur à 2 mètres du public. Probablement ce rétrécissement de l’espace “vital” du comédien voulait donner un goût d’étouffement pour rappeler les camps de concentration. On applaudit cette idée, même si elle ne marche pas du tout. Ce grand carré, lorsqu’on s’aperçoit qu’il est soudain très proche de nous, donne l’impression d’enfin pouvoir respirer face à sa blancheur immaculée et, paradoxalement, ouvre l’espace.
Bravo pour le choix du thème, le choix de la sobriété, mais pas le choix de l’acteur. Ce spectacle est là pour toucher, faire réfléchir, témoigner de l’Histoire. Malheureusement, c’est raté : on en ressort blasé, déçu et sans aucune émotion.
Published in: on 26 juillet 2009 at 14:51  Laisser un commentaire  
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