COCHONS D’INDE

Cochons d'Inde 1

Molière de la meilleure pièce comique, et Molière du meilleur comédien ? On y va les yeux fermés, certain de passer un bon moment ! Eh bien ça nous apprendra… Ce fut loin d’être le cas. Le rideau s’ouvre et on est déçu dès la première seconde par le décor. L’intérieur d’une banque, laid, réaliste, absolument inintéressant, aussi froid, blanc, et aseptisé que l’idée qu’on peut se faire d’un asile psychiatrique. Tout à fait propice en fait à accueillir la folie, douce ou furieuse, de la bande de cinglés qui va entrer sur scène.
La lecture du résumé laisse perplexe, aussi perplexe que laisse la pièce elle-même pour tout dire : un homme riche entre dans une banque pour retirer de l’argent. Quoi de plus banal dans notre société ? Malheureusement pour lui, la banque vient d’être rachetée par un groupe indien : parce qu’il est beaucoup plus riche que ses parents, on accuse ce pauvre… riche d’avoir changé de caste et les employés l’enferme dans la banque pour étudier son cas et le juger. Vous êtes perplexe là non ? Deux cas de figure alors : soit on se dit “non mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?” et on n’ va pas; soit on se dit “tiens, comme c’est original !” et on y va. Pour ma part en fait, je me suis dit “non mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?” et j’y suis allé.
La pièce est écrite par Sébastien Thierry, qui joue l’employé de banque, légèrement autiste (ou débile, selon), puceau, complexé, frustré, aux penchants homosexuels, en manque d’affection et de reconnaissance. Il s’est donné le beau rôle, comme vous pouvez le constater, mais reconnaissons qu’il endosse très bien la peau de ce personnage minable et pas vraiment drôle. Josiane Stoleru assure le service minimum, plutôt insipide jusqu’au moment où, elle aussi en manque d’affection et de reconnaissance (tiens ?), se jette sur Patrick Chesnais comme une chienne. N’allez pas voir là une expression triviale : elle fait vraiment la chienne sur scène, à quatre pattes, et en aboyant. Là elle n’est plus insipide : elle est ridiculement mauvaise. Si on ajoute à cette équipe d’employés complètement frappés, Dieu lui-même, le nouveau directeur indien de la banque, qui sait faire apparaître des jambons quand on lui demande gentiment, on atteint vraiment le point-de-non-retour-du-grand-n’importe-quoi-qui-fait-plus-rire-du-tout. La seule chose d’agréable dans ce spectacle est heureusement Patrick Chesnais, sur qui repose la pièce, et dont le naturel à toute épreuve, l’humour et la présence, apportent enfin un souffle de qualité sur l’ensemble.
On nous présente la pièce comme une histoire kafkaïenne, alors en voyant les turpitudes de ce pauvre homme qui se confronte à l’absurdité de l’administration, on rigole fort, comme pour se persuader qu’on va passer une bonne soirée. Se rassurer aussi, vu le prix des places. Mais la sauce ne prend pas. L’ensemble souffre d’un manque de rythme crucial, de longs silences, sensés être drôles et montrer l’incompréhension du protagoniste, mais qui ne font qu’étirer la pièce sans la fortifier. Tout cela n’est donc pas très drôle, surtout pas fin, original certes, mais mal exploité, une pointe de racisme malvenue, et une fin qui finit d’achever le ridicule et l’inintérêt de l’histoire. Quant à la mise en scène, inutile d’en parler puisqu’il n’y en a pas. Le texte est donc extrêmement décevant, et le talent de Patrick Chesnais ne suffit pas à racheter la pauvreté du reste. On espère vite revoir ce grand acteur dans une pièce à sa hauteur ! Celle-ci ne mérite vraiment pas le détour.
Published in: on 26 juillet 2009 at 15:17  Laisser un commentaire  
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DEMAISON S’ENVOLE

Demaison s'envole 1

Pas vraiment adepte des one-man-shows qui prolifèrent à notre époque, permettez-moi de sortir du lot François-Xavier Demaison. On connait l’incroyable histoire de cet homme : riche trader à New York, il décide de changer de vie le jour où deux avions ont réussi à détruire en même temps deux tours et l’idée du capitalisme triomphant. Ne voulant plus “perdre sa vie à la gagner”, il retourne en France et plonge ans sa passion de toujours : le théâtre ! Commence une période de galère, puis sa rencontre avec Samuel LeBihan qui accepte de le produire. Le succès de son spectacle arrive alors, et son visage commence à nous être connu dans de nombreux longs-métrages jusqu’à son rôle de Coluche qui le consacre dans le film d’Antoine de Caunes.
Il mettait fin à une tournée de 600 représentations en jouant ce soir-là la dernière de son spectacle, spectacle qui retrace son parcours depuis son changement radical de vie jusqu’à la concrétisation de ses rêves de théâtre. Sur un plateau nu, à l’aide d’une simple chaise et d’un châle qu’il utilise de façon très ingénieuse, il fait vivre devant nous toute une galerie de personnages qu’il a rencontrés. Il les fait vivre, car il les incarne, il se transforme, devient méconnaissable de façon impressionnante, physiquement, vocalement. On croise ainsi un animateur de séminaire, un prof de boxe, un castor, un vieux comédien, un crooner islandais, un chauffeur de taxi africain, une grand-mère russe…
Il est un, il est cent, il passe de l’un à l’autre de façon magistrale, dessine pour nous des personnages très hauts en couleurs. C’est toujours drôle, jamais vulgaire, souvent sensible, parfois émouvant. Demaison est un grand. Même quand il joue un castor, il EST un castor. Raconter sa vie est un prétexte pour peindre des portraits délirants, décalés, à mourir de rire. Il s’envole véritablement sur scène, et on le suit avec délice, dans un grand éclat de rire. Ca fait du bien.
Published in: on 26 juillet 2009 at 15:08  Laisser un commentaire  
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LE POINT SUR ROBERT

Le point sur Robert

Fabrice Luchini, on le déteste ou on l’adore. Il s’est construit un tel personnage médiatique qu’il me parait impossible de lui être indifférent. Une soirée en sa compagnie (même s’il y a 1200 autres personnes avec vous) on s’en réjouit à l’avance, on la savoure avec passion, et on en garde longtemps le délicieux souvenir.
Dans ce spectacle au succès fracassant, qu’il tourne depuis des années et qui est toujours aussi demandé, il nous invite à faire le point sur Robert (donc sur lui-même, car il s’agit de son vrai prénom). Et c’est ainsi qu’il mélange son propre parcours et des anecdotes personnelles avec des textes qui l’ont marqués, de Barthes, Valéry, Rimbaud, Flaubert, Nietzsch… On sait une trame établie, préparée, mais comme pour mieux pouvoir le laisser improviser, parler au public, et partir dans son délire… A nous de nous accrocher pour le suivre ! Ca vaut le coup.
Le spectacle qu’il nous propose là, on le sent bien, ne peut jamais être le même chaque soir, et c’est là l’extraordinaire de son talent d’orateur et d’improvisateur. Qui d’autre que lui peut réciter une fable de la Fontaine en verlan ? Passer d’une page de Salammbô à une chanson de Johnny Hallyday ? Ou danser sur “Staying alive” au milieu de sa rencontre avec Roland Barthes, ou de l’hilarant récit du four que fut le film “Perceval le Gallois” de Rohmer, son premier rôle principal au cinéma ?
Ajoutez une pincée de gentille politique, de nombreuses apostrophes à un public très réactif, une énergie stupéfiante, et vous avez le personnage dans toute sa splendeur. Une soirée avec Luchini, c’est inénarrable. On rit, on est émus, on apprend des choses, on découvre des textes superbes, et des poèmes qui devinrent magiques sous la voûte étoilée de ce théâtre estival de plein air. Une soirée avec Luchini, on en ressort heureux, épuisés, comblés. C’est une expérience à faire.
Published in: on 26 juillet 2009 at 15:02  Commentaires (2)  
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