Libérer la parole de l’enfant…
Henri Lépine – La Marseillaise / Ruedutheatre.eu
Le premier crime de l’adulte ? Tuer l’enfant qu’il garde en lui… Ou, tout au moins, l’ignorer et étouffer sa parole… Certains malheureusement y parviennent. Je ne sais plus quel poète disait un jour dans un colloque : « Il y a dans chaque être humain adulte un enfant qui sanglote… ». Dans « Le Murmonde », pour le consoler autant qu’il est possible, Serge Kribus a décidé de rendre à l’enfant sa parole. Et sur la scène du théâtre, sans doute y est-il, en grande partie, parvenu…
Seul dans sa chambre, Maurice, dit Momo, a décidé de nous faire connaître son univers et ses revendications en une sorte de conférence sur lui-même… En réalité, Momo n’est plus tout à fait un enfant… Et pas encore un adulte. Un préado dirons-nous. Il nous décrit ses relations avec ses parents, l’école, les autres, le monde des adultes, telles qu’il les vit jour après jour… Les relations avec le père sont particulièrement difficiles. Ce dernier supporte mal, en effet, de voir et entendre son fils parler tout seul : « Tu parles à des murs, Momo ! Il n’y a personne dans ta chambre!» lui crie-t-il, ignorant totalement la dimension ludique mais aussi théâtrale de la situation… Momo, tout à son jeu, est tout seul à voir qu’il y a du monde autour de lui, sur les murs de sa chambre. Evoluant dans une forme scénique ovoïde, une sorte de cirque (le théâtr’œuf) pouvant évoquer l’univers intra utérin, Momo fait quelquefois appel à Zorro ou à Cochise, le grand chef apache… Des musiques et des chants indiens viennent apporter le souffle de la grande prairie comme un appel au rêve et à l’aventure vers les grands espaces. C’est aussi parfois Nounours qui apparaît; mais son déguisement peut servir aussi à dissimuler une horrible sorcière ! La réalité, peut-être? A moins que ce ne soit sa caricature ?
Portant sur ses épaules la forte présence, le discours et le jeu permanent de ce personnage fougueux de Momo, Emmanuel Drap fait preuve d’une énergie étonnante, celle dont sont souvent porteurs, très tôt, es enfants eux-mêmes. Il excelle dans les changements de registres d’expression. La reprise de contact finale de Momo avec son père est plutôt pour ce dernier une retrouvaille avec son propre état d’enfance et sa propre capacité à s’émerveiller… A briser la carapace qui l’enserre afin de jeter à nouveau sur le monde, son Murmonde à lui, un regard neuf… Et retrouver aussi, peut-être, une nouvelle innocence…
Le Murmonde : le cri de l’enfance…
Gérard Dusserre – Avignews / Avignews.com
