SACCO ET VANZETTI

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L’histoire on la connait : ces deux immigrés italiens aux Etats-Unis, dont le seul tort était d’être anarchistes, condamnés à mort en 1927 après un procès montée de toutes pièces. La fin aussi, donc, on la connait : ce sera la chaise électrique. La nuit précédant cette décharge ultime, Nicolas Sacco, dans sa cellule, retrouve comme dans un songe son compagnon de toujours Bartolomeo Vanzetti. Et tout le talent de l’auteur Alain Guyard est dans l’idée de cette dernière rencontre fantasmée au cours de laquelle ils vont tous deux faire revivre devant nous leur itinéraire. Dans ce rêve théatral à deux se croisent leurs souvenirs et leurs peurs, le passé et l’absence de futur, au nom d’une cause révolutionnaire pour laquelle ils ont donné leur vie.
Ce spectacle tend vers la perfection : on trouve ici l’adéquation parfaite entre un texte fort, des comédiens brillants, et une mise en scène géniale. Ceci concourt à créer un moment extraordinaire de beauté et d’émotion, que l’on n’est pas prêt d’oublier, un spectacle qui fait aimer le théâtre dans ce qu’il a de plus splendide. On connaissait Dau et Catella en tant que duo d’humoristes. Ils prouvent ici l’étendue de leur talent en interprétant de façon magistrale, en plus de Sacco et de Vanzetti, une multitude de personnages de composition très différents. Leur talent est impressionnant.
La mise en scène de François Boucier relève véritablement du génie : dans une allégorie très bien vue de ‘la’ chaise électrique sur laquelle ils finiront leur vie, six chaises sur scène constituent l’essentiel du décor grâce à diverses utilisations à la fois esthétiques et ingénieuses. Quelques ampoules pendent du plafond, et leur grésillement récurrents, signe des tests d’électricité, contribue de façon très fine à la tension dramatique qui va croissante tout au long de la pièce. L’appui parcimonieux et intelligent de la vidéo sur un drap blanc appuie la force de l’ensemble en replaçant les faits dans leur contexte historique. Ce drap, en se déroulant et recouvrant une partie de la scène, apporte ensuite comme un baume de paix et de pureté dans ce milieu très sombre, dans les deux sens du terme, de la prison, comme un chemin immaculé vers l’éternité aussi, ou la fin de leur chemin terrstre, au bout duquel se dresse cette chaise tant redouté. Avec un drap, des ampoules et quelques chaises, François Bourcier nous fait rêver, nous fait pleurer, nous fait vibrer. C’est du génie.
La standing ovation qui salue ce spectacle à sa juste valeur est longue, nourrie, eclatante. Dau et Catella m’ont fait pleurer, sans aucun pathos, sans être allé tirer mes larmes, simplement en incarnant les doutes, les incompréhensions, les rêves de deux anarchistes, deux êtres humains confrontés à l’injustice, l’absurdité et l’intolérance humaine. La sortie du public se fait sur la chanson mythique de Joan Baez qui a immortalisé les deux hommes. On sort les yeux brouillés de larmes, le coeur chargé d’émotion, et il faut un long temps pour retrouver la capacité de discuter. Indéniablement un de mes plus beaux moments de théâtre.
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