MISERABLES

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“Victor Hugo au cabaret !”
Après s’être attaqué notamment à Proust et à Shakespeare, le duo des Philippe (Philippe Honoré, adaptateur, et Philippe Person, metteur en scène) jette cette fois son dévolu sur un monument de la littérature française : « les Misérables » de Victor Hugo, avec trois comédiens et en une heure et quart. Était-ce trop ambitieux ? Dans l’agréable et réputé Lucernaire, on constate avec ce spectacle que l’audace n’est pas toujours payante.
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THÉRAPIE ANTI-DOULEUR

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“Chef d’oeuvre cathartique”
Les ruelles de Montmartre dissimulent un trésor à la Manufacture des Abbesses, qui pousse à l’ombre du grand Théâtre des Abesses. Ce trésor théâtral de Laura Forti s’intitule « Thérapie antidouleur » : une pièce coup de poing, qui sonne et ne laisse pas indemne.
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LES 39 MARCHES

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“Quand Alfred Hitchcock rencontre Tex Avery”
Au Théâtre de La Bruyère, Éric Metayer confirme son immense talent d’acteur comique en nous servant « les Trente-neuf marches », au départ une histoire d’espionnage et de suspens qu’il dynamite complètement par son incroyable inventivité !
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APRÈS L’INCENDIE

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“Désolants clichés”
Dans le très sympathique Théâtre du Petit-Hébertot, le maître des lieux Xavier Jaillard présente « Après l’incendie », une pièce qu’il a écrite et qu’il interprète aux côtés de Patrick Préjean. Cet intéressant dialogue entre Sénèque et saint Paul, qui se veut un « thriller philosophique », est hélas bien loin de déclencher l’enthousiasme.
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LE K

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“Le cas Buzzati à l’honneur”
Le metteur en scène Xavier Jaillard nous donne sa recette pour transposer sur scène le texte d’un auteur majeur tel que Dino Buzzati : « une profonde admiration, une absolue sincérité, un comédien de talent, une bonne dose d’inconscience, un peu de temps et beaucoup de modestie ». Dans le Théâtre du Petit-Hébertot, la magie opère pour « le K » : pari réussi !
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AU BONHEUR DES POULES

Au bonheur des poules © Doumé

“Un doux baiser sur notre âme d’enfant”
Raconter l’histoire d’un petit garçon qui endort des poules, voilà le pari osé de la Compagnie Rouge-Crinoline qui présente le seul en scène « Au bonheur des poules » dans le chaleureux Bouffon Théâtre. Et, si le texte nous déçoit un peu par sa pauvreté, il n’en est rien du très bon travail de l’acteur et de la metteuse en scène qui font montre d’une réelle créativité artistique.
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Publié dans: on 11 octobre 2009 at 15:16 Laisser un commentaire
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PHILOCTÈTE

Laurent-Terzieff-Philoctete

Acteur principal : Laurent Terzieff. Auteur : Jean-Pierre Siméon. Metteur en scène : Christian Schiaretti. Théâtre : l’Odéon. Affiche alléchante, n’est-ce pas ? On n’en demande pas plus et on y coure. Malheureusement, la déception fut à la hauteur de l’attente : immense. Je pense sincèrement ne m’être jamais autant ennuyé au théâtre que ce soir-là. Jean-Pierre Siméon revisite le mythe antique écrit par Sophocle : Ulysse l’expérimenté assigne une mission au jeune Néoptolème, fils d’Achille : s’emparer de l’arc et des flèches de Philoctète, sans lesquels Troie ne peut être prise. Pour y parvenir, il faut recourir à la ruse – ces armes divines héritées d’Héraclès rendent en effet Philoctète invincible. Or Philoctète, blessé et incurable, n’a jamais pardonné aux Grecs (dont Ulysse) de l’avoir abandonné neuf ans plus tôt sur une île déserte pour ne plus avoir à supporter ses hurlements et la puanteur de sa plaie. Seul Néoptolème peut espérer gagner la confiance du vieux guerrier, car lui seul ne s’était pas embarqué avec l’armée grecque en ce temps-là. Le noble fils d’Achille doit donc mentir à l’infirme et lui faire croire qu’il déteste lui-même les Grecs depuis qu’ils lui ont refusé les armes de son père mort, décernées… à Ulysse. Et la version de Siméon de ce drame antique est très belle, grandiloquente même… endormante, en fait.

La superbe salle de l’Odéon reste allumée et les acteurs arrivent des deux côtés des entrées public, restent devant le premier rang ou monte sur le devant de la scène. Tee-shirts moulants, pantalons militaires pleins de poches, bouclier grec et glaive de pacotille : l’ensemble est ridicule et on ne peut plus discordant. Et nous voilà parti pour une éternité de verbiage. Les pauvres comédiens passent 1h45 à parler, plantés comme des piquets sur le devant de la scène ce qui leur laisse à peine 2 mètres de profondeur, devant un immense mur en métal brossé qui ferme toute la scène et symbolise la grotte de Philoctète. L’entrée de Terzieff est théâtrale à souhait, on entend d’abord sa voix caverneuse (c’est le cas de le dire), puis il apparaît lentement, traînant sa patte malade. C’est un très grand acteur, un mythe à lui seul : il méritait beaucoup mieux. Il se lamente, tord ses mains de façon continuelle, sa belle voix est en perpétuelle plainte… On dirait la réincarnation de Sarah Bernhardt. Il réussit la prouesse non seulement de ne pas nous émouvoir mais en plus de nous agacer. Un fait qui parle de lui-même : il y eut des rires au moment où il s’écroule de douleur sur scène. Quant au deuxième rôle, David Mambouch donne l’impression d’être le sosie de Brad Pitt tout droit sorti du film “Troie”, bellâtre musclé au cheveux longs et bouclés : tout comme Terzieff dans un autre genre, il correspond physiquement de façon parfaite à son personnage. Malheureusement pour nous, il n’a pas du comprendre ce qu’était la finesse : il ne joue pas, non, il ne déclame même pas : il crie. Il ne fait que ça. C’est insupportable. On passe toute la durée de la pièce à vouloir qu’il se taise, c’est plutôt mauvais signe pour un acteur.

Le fait que la salle reste allumée, que les acteurs soient à moitié dans la salle et à moitié sur le rebord de la scène, peut-être un peu les costumes aussi, tout cela donne la désagréable impression que l’on assiste à une mauvaise répétition, pas à un spectacle. Si vous comptez aller voir cette pièce, ne lisez pas ce qui va suivre, je révèle le seul effet de surprise de la soirée. Alors qu’on a passé 1h45 à se demander pourquoi le metteur en scène avait choisi de ne pas utiliser la scène, et tout juste 5 minutes avant la fin, l’unique effet de scénographie nous surprend tout à coup : l’immense mur de métal se découpe en un trapèze, les parties sur les côtés disparaissent dans les cintres et la partie centrale tombe doucement en arrière, révélant une gigantesque mise en perspective vers le fond de la scène ou apparait, deus ex machina, le dieu Héraclès, devant une toile peinte représentant des nuages indigne d’une kermesse et avec force fumigènes. C’est là qu’on se rend compte à quel point la scène de l’Odéon est grande, et qu’on pense aux acteurs, obligés de jouer dans la salle ou sur l’avant-scène très étroite coincés devant ce mur invraisemblable. L’effet n’a duré que quelques secondes. On reste interloqué aussi quelques secondes. Et on passe de l’ennui au rire. Le ridicule continue. Le mauvais goût et le démodé aussi. Le metteur en scène Christian Scharietti, directeur du TNP de Villeurbane, n’est pas n’importe qui, et je serai heureux de pouvoir voir d’autres de ses pièces. Celle-ci en tout cas est un ratage monumental. Un tonnerre d’applaudissement salue cette “gentille catastrophe” comme dira le journal Le Monde. Peut-être s’empresse-t-on d’applaudir Terzieff avant de ne plus le pouvoir du tout. Ca suffit comme ça, on est parti au milieu des saluts. De ce genre de soirée aussi ratée, il vaut mieux en rire qu’en pleurer. C’est ce qu’on a fait.

PIÈCES À CONVICTION

PIECES A CONVICTION

Vous connaissez la Comédie des Trois Bornes, dans le XIème ? Non ? Quel dommage ! C’est un charmant petit théâtre d’à peine cinquante place, chaleureux, accueillant, on se croirait presque en famille, tant la proximité forcée entre les acteurs et les spectateurs rend la soirée conviviale et bon enfant. Il s’agit ici de “Pièces à conviction”, un titre qui cache deux courtes comédies de Jean Franco, auteur de succès tel que “Elle nous enterrera tous” ou encore “Panique au ministère”. Ca commence par un long silence entre deux personnages dans l’ambiance feutrée et jazzy du bureau d’un directeur de théâtre. Son premier mot donnera le titre à cette première pièce-là : ce sera “non”. Non à qui, à quoi ? A l’autre personnage, auteur dramatique qui vient d’essuyer son sixième refus malgré son talent incontestable. Alors pourquoi ce directeur qui l’a engagé en tant qu’auteur permanent de son théâtre s’évertue à refuser ces pièces tout en reconnaissant leur grande qualité ? On découvrira la raison au bout d’un affrontement entre les deux hommes où il sera question d’amour, de carrière, et… de pistolet. Après un changement de décor très réussi, rapide et efficace, où la table du bureau se transforme astucieusement en balustrade d’un pont de Paris, on assiste à la deuxième pièce courte : deux heures du matin, sur le Pont des Arts. Il sera ici question de suicide, d’arbitrage, et de galanterie. Et tout n’est pas bien qui ne finira presque pas bien. On rit énormément et franchement devant ces comédies pleine de fraîcheur et de bons mots, et on est heureux aussi de pouvoir enfin rire devant une comédie qui n’utilise pas l’amant dans le placard. L’ensemble est vraiment drôle, bien écrit, avec beaucoup de rythme grâce à une mise en scène simple et efficace de Nassima Benchicou. Mais la réussite de la soirée doit surtout au talent de ses comédiens, dont la jeunesse n’a rien à envier à leur expérience de la scène et leur énergie. Chapeaux bas aux deux excellents comédiens (Nicolas Lumbreras et Romain Francisco) qui jouent dans les deux pièces et réussissent des compositions de personnages bien distinctes. Ne boudons pas notre plaisir devant tant de drôlerie et de fougue : c’est une excellente soirée, un très bon moment, sans prétention, mais tellement agréable ! On en ressort le sourire aux lèvres, et on retient ce théâtre : c’est à la Comédie des Trois Bornes !

Publié dans: on 5 octobre 2009 at 14:07 Laisser un commentaire
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JACQUES WEBER SEUL EN SCÈNE

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Jacques Weber, ce comédien d’exception que l’on ne présente plus, nous offre le délicieux cadeau d’un seul en scène au théâtre Marigny. Alors bien sûr on y court, sachant à quoi l’on doit s’attendre : on le connaît cabot magistral, passionnant colosse, serviteur amoureux de son art… Il est tout ça à la fois et bien plus encore. C’est un comédien imposant, impressionnant, qui offre une leçon de théâtre à chacun de ses regards, chacune de ses intonations. Il emplit la scène de sa présence et enveloppe la salle de son rayonnement, avec une voix parfaite, chaude, posée. On boit ses paroles et on le dévore des yeux avec un plaisir et une gourmandise immenses. C’est une ode au théâtre, à la vie, par le truchement d’auteurs très différents : Rostand, Rimbaud, Corneille, Duras, Devos, Musset, Courteline, Molière… On est bien loin de tout intellectualisme élitiste, car l’acteur sans que l’on s’y soit attendu, fait preuve de beaucoup d’humour et même d’auto-dérision (il faut le voir chanter “l’école est finie” !) Ou encore dans une version déjantée du Corbeau et du Renard où il transcende un texte que tout le monde connaît en un tour de force d’anthologie à mourir de rire. Les effets de lumière sont anecdotiques mais le servent finement dans les moments plus portés sur l’émotion. Il s’amuse à parcourir toute la vie d’un homme à travers le théâtre en une heure et demie : on le voit petit garçon en pension, jeune homme découvrant la drague grâce au Lagarde et michard du XIXème siècle, puis mûrissant peu à peu jusqu’à se transformer devant nous d’une façon éblouissante en vieillard de plus en plus âgé. Il est extraordinaire : crédible à chaque âge qu’il joue, impressionnant dans ces compositions, magistral dans les textes qu’il livre avec délice au public attentif. On rit beaucoup, on est conquis, emporté, enthousiaste. Ce spectacle est à son image : rempli de finesse, de plaisir, de justesse, d’intelligence. Un grand moment dont il serait dommage de se priver.

L’AVARE

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L’Avare fait partie des pièces les plus jouées dans la célèbre maison de Molière. Alors, la Comédie-Française peut-elle encore décevoir avec un tel classique ? Oui. Ce dimanche après-midi, en “matinée” théâtrale donc, on était allé s’enfermer avec plaisir dans ce si beau théâtre pour savourer une nouvelle fois ce grand texte classique que l’on connaît bien. La Comédie-Française, c’est le luxe, les moyens, que l’on sent dans l’ambiance, le bâtiment lui-même, mais aussi dans le décor bien sûr. Et j’ai failli m’étrangler au lever du rideau : l’entresol d’une grande maison, immense, à l’échelle de tout le reste : immense fenêtres et barreaux en fer, et immenses volées d’escalier, qui suggèrent une montée aux chambres et une descente au jardin. Tout est en imitation de carrelage et de fer forgé, c’est proprement éblouissant. Notez bien un détail qui explique cela : le scénographe est aussi… un architecte ! A ce niveau-là de réalisme et de grandeur, ce n’est même plus un décor de théâtre, c’est du cinéma, un morceau de réalité posé sur scène. L’idée que l’élément central soit ce grand escalier est une excellente idée de dramaturgie : les marches, on les dévale, on les grimpe, ce n’est pas le lieu pour installer une scène entre des personnages, on ne fait qu’y passer, on s’y cache, on s’y couche, bref, c’est très intéressant pour le jeu en perpétuel mouvement et évolution qui ne peut donc pas “s’installer” comme il le ferait dans un salon. Autre belle idée, la lumière sur scène provient presque exclusivement des fenêtres côté jardin : cela donne l’impression d’une vraie lumière du soleil qui suit les moments de la journée, c’est plus doux, encore plus réaliste, et avec de belles ombres portées des barreaux sur les grandes dalles du carrelage.

Quant à la distribution… Ne nous voilons pas la face : on ne voit qu’Harpagon, autrement dit Denis Podalydès. Tout le reste de la distribution (à l’exception peut-être de Maître Jacques/Jérôme Pouly et La Flèche/Pierre-Louis Calixte), est cruellement en faiblesse. Oui, même à la Comédie-Française c’est possible. Les rôles féminins surtout, ainsi que les jeunes premiers, sont particulièrement décevants, plats, presque horripilants. Podalydès, on l’a beaucoup dit, ne correspond pas à l’image d’Epinal de l’avare comme vieillard souffreteux. Tout de noir vêtu, comme portant le deuil de sa propre joie de vivre, il saute, court partout après son argent, s’agite sur les marches comme une sombre araignée menaçante. Son jeu à lui seul est une véritable Master-class de théâtre, un régal de finesse et de justesse qui rend longues les rares scènes où il n’apparait pas. Il est parfait, magistral : c’est le point fort du spectacle qui repose sur ses épaules.

Malheureusement, dans une scénographie et des lumières aussi hors normes, et avec un acteur exceptionnel… la mise en scène est inexistante. C’est Catherine Hiegel qui s’en est chargée, et on voit que c’est ce que pourrait s’appeler une “mise en scène de comédien”. C’est à dire qu’il n’y a aucune idée originale, ce n’est que de la mise en place, en espace, et une juste direction d’acteurs sur les enjeux. Résultat : c’est plat. Ni surprenant, ni émouvant, ni original : inintéressant quoi. La seule “trouvaille” est la fin, et voilà que cette seule et unique “idée” de mise en scène finale est mauvaise : dans un ballet d’opérette particulièrement risible, tous les comédiens, avec batons de majorette enrubannés, entourent Harpagon qui serre sa cassette. C’est ridicule et inutile. Même le fameux monologue de l’Avare que l’on attend tous au tournant est décevant : Harpagon, éclairé par une poursuite, saute dans la salle à la recherche de son voleur en marchant sur les fauteuils et interpellant directement les spectateurs : en plus d’être on ne peut plus vu et revu, ce procédé d’éclatement du quatrième mur est très mal venu dans une mise en scène aussi classique qui, à cette mauvaise exception près, respecte ce principe du quatrième mur et de l’illusion du réel avec un acharnement fatigant. Les costumes sont à l’image de la mise en scène : classico-classiques, dans l’exacte reproduction de l’époque de Molière. Tout cela est presque trop : un cadre trop démesuré pour une mise en scène trop classique. Et trop, est-ce trop ? On a l’impression de voir une pièce de musée, avec encore un peu de poussière dessus : ça correspond parfaitement à l’idée qu’on se faisait de la pièce quand on avait 15 ans et qu’on l’étudiait mollement au collège. Alors cette version de la Comédie-Française est peut-être uniquement destinée aux scolaires, aux professeurs de français, aux familles qui veulent une sortie culturelle sûre. Il en faut pour tout le monde, c’est vrai.

COME DI

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Pierre Santini chante Paolo Conte en fançais dans son théâtre du Mouffetard.

Le grand Pierre Santini est chez lui pour servir Paolo Conte qu’il aime : on le sent à l’aise, encore mieux : heureux. Derrière ce micro, on ne voit plus un personnage, on voit l’homme et on découvre le chanteur. Quelle voix ! Elle dépasse en grave et en beauté celles de Pierre Arditi et Roland Giraud réunies, ce qui n’est pas peu dire ! Cette voix si belle nous envahit, nous transporte. Qu’on le sache, Pierre Santini chante vraiment bien, et son habitude de la scène en tant que comédien lui permet de l’occuper de façon agréable, sans rester immobile collé à son micro. La mise en espace et en lumière de Gérard Gelas est aussi très belle, élégante, et le sert très agréablement. Le chanteur est accompagné par quatre musiciens hors pair qui font beaucoup pour la réussite de cette soirée magnifique, en compagnie des tubes du grand chanteur italien. C’était un rêve pour Santini qu’il peut enfin réaliser : on est heureux de le partager avec lui.

Publié dans: on 23 septembre 2009 at 12:36 Laisser un commentaire
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IDENTITE

Lorsque l’on débarque le jour même dans la capitale, quoi de mieux pour une première sortie au théâtre que de se laisser guider par une amie enthousiaste ? Rendez-vous fut pris au métro République. “On m’a dit que c’était conceptuel, j’espère que ça ne te fais pas peur ?” Non non bien sûr…. mais je demande à voir. C’est dans quel théâtre ? “C’est pas vraiment un théâtre… tu verras!” Et en effet, il a fallut passer plusieurs fois devant le 45 du faubourg du Temple pour réaliser que cette petite porte sale était bien l’entrée de ce théâtre, ou plutôt cette friche atypique et poétique : la Comète 347. Une fois la porte passée, on est transportés, dépaysés, le calme de cette longue et étroite cour nous donne l’impression de ne plus être du tout à Paris, mais plutôt dans une petite rue endormie d’Avignon au mois de juillet… Au fond, on entre dans un vieux hangar, lieu de la représentation à proprement parler, aménagé… ou presque. Très mal assis sur des espèces de banquettes en gradins, nous surplombons une fosse très étroite dans laquelle seront lachés les comédiens. Cet espace atypique est très intéressant : à la fois proche des acteurs (ce n’est pas très grand) et distants d’eux (nous sommes au-dessus, eux au fond), le spectateur est placé en tant que voyeur encore plus que dans les théâtres habituels. Celui qui nous invite à éteindre nos portables et à passer une bonne soirée n’est autre que l’auteur et le metteur en scène lui-même, Gérard Watkins. Une rapide recherche sur son travail m’apprendra que c’est un habitué des lieux de représentations sortant de l’ordinaire, car il a déjà créé des spectacles au pied d’une tour ou encore dans une piscine municipale. Un militant de la libération du théâtre de ses dorures et velours rouge, il en faut aussi, on applaudit.

La scénographie de Michel Gueldry, bien qu’intéressante, n’éblouit pas, car c’est le répondant des contraintes que s’est fixé l’auteur/metteur en scène : pas de noirs entre les scènes, pas d’entrées ni de sorties, pas de chaises ou de tables, une seule source de lumière (des néons blancs). Un long tapis blanc aux poils longs traverse toute la longueur de l’espace, pouvant faire penser aux dos de moutons conduits en file et contre leur volonté à la tonte. Un rebord dans le mur permet de poser quelques accesoires neutres, quotidiens, banals : bouteilles de vins, verres, assiettes, boite de thon, téléphone, papiers. Pas de noirs, donc aucune mise en ambiance : c’est lorsqu’on voit descendre deux personnes dans la fosse qu’on comprend que ce sont les acteurs et qu’il faut se taire. Si on pouvait rester sceptique jusque là, dès que le verbe commence à glisser et exploser dans cet espace blanc, on est pris.

L’histoire… “Ses deux personnages, Marion et André Klein, sont des déclassés. Elle a décidé de faire la grève de la faim, tandis que lui s’accroche à une chimère. Ayant découvert sur une bouteille de pinard qu’ils peuvent empocher de l’argent en répondant à une question, il ne songe qu’à tenter sa chance. . Etant chacun, par ailleurs, d’une impérieuse lucidité ils dissèquent en s’empoignant régulièrement les temps intenables qu’on vit.  Indigné par l’amendement Mariani qui rend légales les recherches sur l’ADN imposées à certains étrangers, Gérard Watkins rappelle par l’intermédiaire de Marion les lois raciales édictées en 1940 sous Pétain. Etaient considérés comme juifs ceux qui avaient trois grands parents qui l’étaient où seulement deux grands parents si leur conjoint appartenait à la “race” honnie.”

Et le texte est extraordinairement bien écrit, c’est le point fort de ce spectacle. On y parle de parents, d’identité, d’adn, de perdition, de pauvreté humaine, d’espoir… On rit souvent, par l’apparente absurdité de certaines situations jouées de façon très naturaliste. Mais on est surtout pris aux trippes par l’histoire de ces deux personnages. Fabien Orcier est magnifique de finesse, de retenue, de naturel, et reste meilleur qu’Anne Lise Heimburger, un peu trop en force. Mais ce sont d’infimes critiques, car leur niveau à tous deux est impressionnant de justesse et d’impact. Le texte est un chef d’oeuvre de beauté, d’humour, de sentiments, de relation, d’interrogations… Il montre l’humain, et ça devient rare. Il mériterait peut-être un théâtre plus grand et une mise en scène plus riche. Mais on rit, on pleure, on applaudit, on a envie de crier “vive le théâtre” et à Gérard Watkins de dire bravo ! Mais surtout merci…

L’ÉVENTAIL DE LADY WINDERMERE

l'eventail
L’Opéra-Théâtre est l’un des rares lieux à Avignon, avec le Chêne Noir, qui peut se permettre de cueillir les plus grands spectacles parisiens pour les apporter aux provinciaux prvilégiés. L’Eventail de Lady Windermere, assurément, fait partie de ceux-là : jouée près de 300 fois dans différents théâtres de la capitale, nommée 5 fois aux Molières 2007, cette pièce est venue achever sa tournée à Avignon, offrant sa “dernière” (hélas) ce soir-là même, comme on l’apprendra à la fin de la représentation. Wilde est un de ces auteurs que j’aime et que j’admire, maîtrisant idées et mots avec génie. On vient voir Geneviève Casile, sans nul doute, mais étrangement, je ne suis pas sorti du théâtre en me contentant de dire “je suis allé voir Geneviève Casile”, tant la distribution entière est sans faille et de grand talent face à un monstre sacré majestueux et d’une telle envergure.
Cette pièce “so charming” n’est que pur plaisir !  Plaisir des oreilles, grâce aux traits d’esprit finement irrésistibles de Wilde qui font toujours mouche en provoquant le rire, et qui justifient le statut de “comédie” de cette pièce dont l’intrigue tend plutôt vers le suspense et l’émotion. L’histoire qui dépeint les moeurs de la haute aristocratie londonienne est très intéressante et l’intrigue est complexe, riche, passionnante : Lord et Lady Windermere vivent une vie mondaine bien réglée à Londres lorsqu’apparaît dans leur vie une certaine Mrs Erlynne. Femme de mauvaise réputation, elle se met en contact avec Lord Windermere à qui elle révèle qu’elle n’est autre que la mère de Lady Windermere… C’est le début de nombreuses péripéties trépidantes auxquelles on assite avec ravissement. Plaisir des yeux, bien sûr, et notamment grâce à de somptueux costumes, d’une beauté et d’une qualité rares. Et puis Geneviève Casile, qui se fait désirer, mais quelle entrée !  Sans une ride (C’est vrai au sens propre aussi d’ailleurs…), elle est tout simplement magistrale et resplendissante, et atteint la justesse du sentiment aussi bien dans l’humour que dans l’émotion.
Je vous parlais du reste de la distribution, et en effet, il faut incontestablement en parler, tant le talent et même le physique de chacun réussissent à créer des personnages auxquels on croit immédiatement, touchants et justes, jamais en faiblesse. Mention spéciale aux deux plus petits rôles (encore que, comme dirait quelqu’un que je connais bien, il n’y a pas de petits rôles mais seulement de petits acteurs), pour mémoire, Frédéric Imberty (le majordome Parker) et Aude Sabin (lady Agatha), qui sont à mourir de rire dans des personnages qu’ils servent génialement. La mise en scène pleine de grâce de Sébastien Azzopardi et l’immense talent de tous les comédiens contribuent à créer une soirée délicieuse pendant laquelle on ne voit pas le temps passer. Du théâtre de cette qualité, on en redemande !
Publié dans: on 15 août 2009 at 22:01 Laisser un commentaire
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ÊTRE PAR NATURE

être par nature
De la beauté en toute simplicité, d’après la Promenade sous les arbres, de Jaccottet, et l’Ascencion du Mont Ventoux, de Pétrarque, par Eric et Roger Pasturel. Né du rapprochement étonnant entre Jaccottet et Pétrarque, deux auteurs que près de 700 ans séparent, ce spectacle mérite vraiment d’être vu.
Un faisceau doré sur une allée de feuilles mortes. Quelques notes graves et mélancoliques d’une clarinette. Et le verbe peut sortir. Porté par deux comédiens aguerris et merveilleux conteurs, ce verbe se laisse savourer avec plaisir et émotion. Dans la plus grande sobriété et la plus pure justesse, les Pasturel père et fils se mettent au service des auteurs pour nous délivrer cette prose poétique avec brio. Profondément habités par ce qu’ils nous disent, le public finit par être suspendu à leurs lèvres. Les comédiens sont appuyés à certains moments par un musicien, discret, qui vient souligner très joliment par ses notes l’émotion des mots
Dans la bouche de ces deux hommes, c’est le texte qui parle. Et on est heureux de l’écouter. Une sublime soirée poétique, que l’on savoure comme un instant suspendu dans le temps.
Publié dans: on at 21:29 Laisser un commentaire

UBU ROI

Ubu Roi
Merdre alors ! Le plateau est nu. Rien d’original. Un vidéoprojecteur nous annonce les didascalies de lieux et quelques messages amusants. Rien d’extraordinaire non plus. Au fond de la scène est suspendu un énorme rouleau de papier. Ah ! Ca c’est déjà plus intéressant ! Le metteur en scène et maître des lieux, Alain Timar, précise qu’il s’agit de papier recyclé qui y repart après chaque représentation. Ouf ! Nous qui avions peur que le théâtre des Halles participe lui aussi  à la destruction de la planète au nom de l’art, nous voilà bien rassurés ! Le message demandant de couper nos (insu)portables, enregistré par un des acteurs, nous met dans l’ambiance d’une façon très agréable. Le noir se fait. La folie envahit le plateau.
Les “Ububerlus” débarquent dans une cacophonie indescriptible, avec des cuivres aussi tordus et fous qu’eux-mêmes. Quand je vous parlais d’ambiance ! Les comédiens, tous aussi bons, exubérants et sympathiques, vous embarquent alors dans la folie furieuse et tonitruante de Jarry. Ils nous offrent une performance physique assez impressionnante, qui vient s’ajouter à l’énorme potentiel comique de certains, Roland Pichaud en tête, irrésistible en Mère Ubu.
Cet intrigant rouleau de papier se veut le “tout” du spectacle : les comédiens à tour de rôle vont en dérouler et déchirer de grandes bandes, qui vont finir par joncher la scène, pour construire tous leurs costumes et leurs accessoires avec frénésie, ce qui leur permet aussi de s’échanger allègrement leurs personnages entre eux. C’est un parti-pris qui au moins est exploité à fond et qui surprend et amuse à la fois au début. Ca c’est original. Hélas, l’effet s’épuise plus vite que prévu, et la pièce, malgré le talent des comédiens, ne peut tenir uniquement là dessus. Les moments de “transformation” sont longs, trop longs (surtout le dernier) et causent des temps morts très regrettables, même effectués toujours frénétiquement, ce qui d’ailleurs devient presque fatigant. Il n’empêche que l’on passe un très bon moment avec des acteurs aussi vifs et déjantés qui s’en donnent à coeur joie et amènent le rire sans problèmes. La pièce et la scénographie sont excellentes. Les acteurs aussi. La mise en scène un peu moins.

CET ENFANT

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Cruellement fascinant. Pommerat tire cette fois son oeuvre des mots des autres, d’inconnus, pour les faire siens, et les transcender par son talent hor normes d’auteur et de metteur en scène. Dans le dépouillement le plus complet, une tension inimaginable se crée, dans des situations presque insupportables selon les scènes. Les acteurs, merveilleusement habités, sont d’une justesse à couper le souffle. La précision de l’utilisation des lumières comme créatrices autant d’espace que de sens, nous laisse, elle aussi, admiratifs. La musique, les effets sonores… tout contribue à créer une ambiance qui ne peux laisser indemne. Sur cette espace vierge, cette page qui veut paraître blanche mais qui est déjà noircie, le verbe est projeté. Acéré, il s’enfonce en nous, nous taille à vif, là où ça fait mal, dans notre intimité, notre propre histoire. Car chacun se reconnaît. Cette pièce a bouleversé le jeune que je suis, mais ne pourra que toucher chaque être humain dont le coeur est encore de chair, car ces mots nous parlent à nous, directement, dans notre humanité. Faible et tragique humanité. Perverse et grandiose humanité. Les musiciens sont là pour nous redonner de l’oxygène entre les scènes que le talent des comédiens rendait plus que dérangeantes, irrespirables, insoutenables. Tout est là pour nous déstabiliser, nous chambouler au profond de notre conscience. Les mots de Pommerat et la justesse sublime de sa mise en scène nous touchent en plein coeur. C’est une expérience autant douloureuse qu’euphorisante, autant effrayante qu’exutoire. On en ressort fascinés et bouleversés.

CASIMIR ET CAROLINE

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Une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé sur l’excellent site lestroiscoups.com une critique de cette pièce qui correspond trop exactement à mon propre avis pour je désire me lancer dans une médiocre paraphrase. Voici donc la critique de Sylvie Beurtheret, à propos de la pièce “Casimir et Caroline”, d’Ödön von Horváth, donnée cette année au festival IN dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes d’Avignon.
Mon premier Festival In d’Avignon… Je ne pouvais pas faire l’impasse sur la mythique cour d’Honneur. Ce soir-là, « Casimir et Caroline », les amoureux déçus de l’auteur germano-hongrois Ödön von Horváth (1901-1938) s’y étaient pour la troisième fois donné rendez-vous. Dans le charivari d’une fête foraine. Pour sûr, du chambard il y en a eu ! Mais étouffant du coup les résonances d’une pièce à la réputation de chef-d’œuvre. Loin de me griser, cette Fête de la bière devenue opérette pop sous la baguette des Néerlandais Johan Simons et Paul Koek, deux vieux compagnons de route célèbres dans le nord de l’Europe pour leurs « spectacles-performances », allait me coller des aigreurs d’estomac.
Tout avait pourtant bien commencé. Dans l’esthétique criarde et déchirante d’un décor dû au scénographe allemand Bert Neumann. Dévorant les murailles du palais des Papes, un immense échafaudage se fait montagnes russes, jukebox géant. « Enjoy » ordonne une grande enseigne, de ses lettres scintillantes. Tandis que tout là-haut dans les étoiles, enfantine chimère, une petite maison éclaire la nuit de son néon rose. Sur le plateau, on a garé une improbable voiture, et des musiciens en costume de troubadour s’apprêtent. Le miroir aux alouettes est en place. Et je me sens toute chose quand déboulent une Caroline et un Casimir beaucoup plus âgés que les rôles (mais Casimir ne glissera-t-il pas au fil d’une réplique « nous vivons dans une société où nous avons l’air plus vieux que notre âge » ?). Ce qui les rend vraiment plus touchants et populaires. Elle, habillée pour sortir, en robe verte de petite fille et perruque blonde de Marilyn. Lui, gros nounours pataud en baskets et chemise hawaïenne. Hélas ! Mon émotion sera de courte durée.
Caroline, c’est une petite employée qui rêve de réussite sociale et entraîne son amoureux à la grande Fête de la bière à Munich, histoire d’oublier un peu la dureté de la vie. Mais Casimir ne voulait pas y aller à cette fête : il vient de perdre son emploi de chauffeur et vit du coup dans la hantise que sa fiancée le quitte pour un plus riche. Même si elle lui jure farouchement que leur amour est plus fort que l’argent. Mensonge… Le temps de la fête, lieu de joyeuse illusion d’égalité et d’identité populaires, elle s’encanaillera au gré de ses rencontres, finissant par abandonner son amoureux pour des hommes plus aisés. Tandis que Casimir se consolera avec la petite amie d’un copain malfrat. Comme quoi, les hiérarchies sociales et l’argent roi finissent toujours par s’imposer. Voilà toute l’histoire.
Mais l’histoire ne prend pas. Pendant deux trop longues heures (le texte est pourtant plutôt ramassé), la troupe néerlandaise se démène dans tous les sens, grimpant moult fois aux étages. Admirable énergie, bien sûr ! Mais cette débauche de mouvements m’essouffle, me faisant perdre en chemin la force dramatique du texte. D’autant que les comédiens, qui ont certes le mérite de donner la réplique dans un français mâtiné d’un accent délicieux, butent souvent sur les mots. On dirait des marionnettes ! Pas des êtres de chair et de sang… Ça sonne drôlement faux et ça manque de finesse. Je ne ressens rien du bel amour en fuite du couple Els Dotterman (Caroline) et Wim Opbrouck (Casimir). Rien de leurs blessures profondes, de leurs démons intérieurs ni de leurs doutes. Kristof Van Boven joue sans subtilité la petite frappe Franz Merkel. Deux personnages heureusement arrivent à me toucher. Oscar Van Rampay, tout en distinction et retenue, rend bien l’ambivalence du timide tailleur Schürzinger, courageux et lâche à la fois. Et la longue tige de Yonina Spijker (Erna), tout en grâce maladroite, campe très justement la fille paumée.
En vain : je commence à décrocher. Assourdie par les synthétiseurs de Paul Koek, qui a composé tout exprès une partition new wave très années 1980. Belle musique, hélas omniprésente : où sont ces silences qui en disent long ? Et cette fête foraine a beau trop bien s’entendre, je ne la vois pas. Juste une présentation expédiée d’un monstre de foire, c’est frustrant. Alors, quand le tailleur lâche au ciel un ballon-dauphin, symbole de ses espoirs déçus, mon esprit s’envole avec. Depuis belle lurette, d’ailleurs, des grappes de spectateurs désertent la Cour. En silence toutefois. Pas de ces inutiles huées qui avaient retenti au soir de la première… Bref ! Quand je redescends de mon nuage, le spectacle s’achève sur des comédiens qui chantent. Et là, miracle, je les trouve, mais un peu tard, poignants…
Ouf ! Je quitte le bel endroit, un brin horripilée. M’interrogeant sérieusement sur l’intérêt de ce texte écrit au seuil des années 1930, à la veille des grands bouleversements qui ravageront l’Allemagne. Les connaisseurs, dont Johan Simons et Paul Koek, disent pourtant toute la portée profonde de cette pièce magnifique qui parle, dans une langue grave, stylisée et poétique, de ces êtres broyés par la crise et l’exploitation économique. Un drame socio-amoureux d’une criante actualité, donc. Alors, j’ai la désagréable sensation que les deux complices néerlandais ne nous en « offrent » qu’une proposition explosive, sonore et vide… Bon ! Je vais lire cette pièce. Pour l’entendre enfin. Au calme.

Sylvie Beurtheret
pour Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com
Publié dans: on 11 août 2009 at 16:57 Laisser un commentaire
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L’ASSEMBLÉE DES FEMMES

L'assemblée des femmes
Cette adaptation de la célèbre comédie antique d’Aristophane est interprétée avec beaucoup de bonheur par la troupe des Kézakos, “la plus jeune troupe du festival”, comme ils se plaisent à le mettre en avant. Dans la cité athénienne, les femmes prennent le pouvoir par ruse et instaurent leur idéal de paix et de mise en commun des biens, aux dépends des hommes auxquels elles se refusent tant qu’ils n’auront pas accepté leur domination. Les choix de mise en scène de Sylvie Guillaume visent avec réussite la simplicité et l’efficacité. Dans un décor utilitaire à la sobriété bien venue, pas d’accessoires, à part quelques batons et des fausses barbes, tout est mimé. Avec des costumes qui se veulent “d’époque”, ces jeunes talents mèlent au texte antique des choeurs chantés, rapés, dansés, a capella ou à l’aide de beat box produite en live par un des comédiens. Tout cela est très frais, agréable, et les quelques longueurs ou lenteurs dans les transitions sont vites oubliées grâce à la générosité et la spontanéité de ces jeunes qui croient à ce qu’ils font avec également beaucoup de second degré. On peut souligner notamment l’énorme potentiel comique de Thomas Leny et Jonas Dromard, la bonne composition de Matthieu Allègre ou encore la juste fermeté  de Lisa Nedellec. L’énergie et la bonne humeur communicative de tous ces jeunes est réellement réjouissante. Un spectacle amateur qui vaut le détour.
Publié dans: on 9 août 2009 at 14:06 Commentaires (1)
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SACCO ET VANZETTI

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L’histoire on la connait : ces deux immigrés italiens aux Etats-Unis, dont le seul tort était d’être anarchistes, condamnés à mort en 1927 après un procès montée de toutes pièces. La fin aussi, donc, on la connait : ce sera la chaise électrique. La nuit précédant cette décharge ultime, Nicolas Sacco, dans sa cellule, retrouve comme dans un songe son compagnon de toujours Bartolomeo Vanzetti. Et tout le talent de l’auteur Alain Guyard est dans l’idée de cette dernière rencontre fantasmée au cours de laquelle ils vont tous deux faire revivre devant nous leur itinéraire. Dans ce rêve théatral à deux se croisent leurs souvenirs et leurs peurs, le passé et l’absence de futur, au nom d’une cause révolutionnaire pour laquelle ils ont donné leur vie.
Ce spectacle tend vers la perfection : on trouve ici l’adéquation parfaite entre un texte fort, des comédiens brillants, et une mise en scène géniale. Ceci concourt à créer un moment extraordinaire de beauté et d’émotion, que l’on n’est pas prêt d’oublier, un spectacle qui fait aimer le théâtre dans ce qu’il a de plus splendide. On connaissait Dau et Catella en tant que duo d’humoristes. Ils prouvent ici l’étendue de leur talent en interprétant de façon magistrale, en plus de Sacco et de Vanzetti, une multitude de personnages de composition très différents. Leur talent est impressionnant.
La mise en scène de François Boucier relève véritablement du génie : dans une allégorie très bien vue de ‘la’ chaise électrique sur laquelle ils finiront leur vie, six chaises sur scène constituent l’essentiel du décor grâce à diverses utilisations à la fois esthétiques et ingénieuses. Quelques ampoules pendent du plafond, et leur grésillement récurrents, signe des tests d’électricité, contribue de façon très fine à la tension dramatique qui va croissante tout au long de la pièce. L’appui parcimonieux et intelligent de la vidéo sur un drap blanc appuie la force de l’ensemble en replaçant les faits dans leur contexte historique. Ce drap, en se déroulant et recouvrant une partie de la scène, apporte ensuite comme un baume de paix et de pureté dans ce milieu très sombre, dans les deux sens du terme, de la prison, comme un chemin immaculé vers l’éternité aussi, ou la fin de leur chemin terrstre, au bout duquel se dresse cette chaise tant redouté. Avec un drap, des ampoules et quelques chaises, François Bourcier nous fait rêver, nous fait pleurer, nous fait vibrer. C’est du génie.
La standing ovation qui salue ce spectacle à sa juste valeur est longue, nourrie, eclatante. Dau et Catella m’ont fait pleurer, sans aucun pathos, sans être allé tirer mes larmes, simplement en incarnant les doutes, les incompréhensions, les rêves de deux anarchistes, deux êtres humains confrontés à l’injustice, l’absurdité et l’intolérance humaine. La sortie du public se fait sur la chanson mythique de Joan Baez qui a immortalisé les deux hommes. On sort les yeux brouillés de larmes, le coeur chargé d’émotion, et il faut un long temps pour retrouver la capacité de discuter. Indéniablement un de mes plus beaux moments de théâtre.

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

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Grand succès pour cette mise en scène iconoclaste de Philippe Person dans une adaptation osée et assez libre de Philippe Honoré qui réduit l’oeuvre shakespearienne à 1h15 en n’en gardant que l’essentiel de l’intrigue. Et le travail de ces deux hommes se doit d’être salué en effet : nous voilà plongés dans l’Amérique des années 50 à un rythme effréné ! Claudio et Benedict, les deux chevaliers revenant de guerre, sont devenus ici des soldats américains en tenue marron. Hero, Béatrice et Marguerite, les personnages féminins, ont des coiffures et des robes qui semblent tout droit sorties des pubs pour lessive de ces années là, elles boivent du coca-cola à la paille et font du oula hoop. Une scénographie légère encadre l’ensemble : en fond de scène, trois grands stores qui forment un mur, et deux grands fauteuils art déco orange criard. La reconstitution de l’époque choisie par le metteur en scène est excellente, tout semble parfait pour passer un bon moment, follement décalé. Et c’est presque le cas.
On rit souvent, on s‘amuse toujours. On se régale principalement grâce au talent d’Emmanuel Barrouyer qui compose un excellent Benedict en nous montrant également ses talents de chanteur et de danseur avec une grande aisance et précison corporelle. Il a autant de classe et de naturel lorsqu’il passse un peigne dans ses cheveux gominés ou qu’il danse le twist sur du Elvis Presley. Son ami Claudio, naïf et sympathique, tire aussi son épingle son du jeu en interprétant également avec bonheur le sinistre et manipulateur Don Juan qui apparait toujours sur un fauteuil roulant avec ray-ban et ambiance glauque de néon vert. Le reste de la distribtion est vraiment en faiblesse par rapport à eux et aucun ne m’a marqué…
Si les possibilités offertes par la forme originale des deux sièges sont bien utilisées, les stores, eux, ne sont pas utilisés du tout. Et cela m’a posé question pendant toute la durée de la pièce : à quoi cela sert-il d’avoir installé des stores en fond de scène comme unique décor quasiment, si c’est pour ne jamais les utiliser ? (à part une fois, quand un des trois pans s’entrouvrent pour espionner). Ce choix du metteur en scène reste un mystère total pour moi.
Evidemment réduite, l’intrigue se trouve ressérée mais n’y gagne pas forcémment : les péripéties, le comique, le drame et l’heureux dénouement s’enchainent sans nous laisser vraiment profiter de chaque, et nous voilà déjà à l’happy end devant tout ce beau monde se déhanchant joyeusement sans qu’on ai pu goûter la tension dramatique causée par les rebondisements. Le pire peut-être est que cette façon de tout jouer de façon bondissante, enjouée, kitsh et désinvolte, nous faire perdre au fond “l’humain” du spectacle, la sincérité des sentiments et des relations entre les personnages qui, forcément, nous touchent moins. C’est pétillant comme du coca-cola, léger comme du oula hoop, aussi rythmé que du twist, mais aussi peu émouvant qu’un chewing-gum. A vouloir être iconoclaste, Shakespeare n’est plus vraiment là. Ce n’est pas moins bien, c’est juste… très différent. Mais qu’importe, même si j’en suis sorti avec un avis mitigé, le spectacle déménage, met de bonne humeur, et comme dit Télérama, “se voit avec infiniment de plaisir”.
Publié dans: on 4 août 2009 at 13:35 Laisser un commentaire
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LE MURMONDE – REVUE DE PRESSE

le murmonde

Libérer la parole de l’enfant…
Henri Lépine – La Marseillaise / Ruedutheatre.eu

Le premier crime de l’adulte ? Tuer l’enfant qu’il garde en lui… Ou, tout au moins, l’ignorer et étouffer sa parole… Certains malheureusement y parviennent. Je ne sais plus quel poète disait un jour dans un colloque : « Il y a dans chaque être humain adulte un enfant qui sanglote… ». Dans « Le Murmonde », pour le consoler autant qu’il est possible, Serge Kribus a décidé de rendre à l’enfant sa parole. Et sur la scène du théâtre, sans doute y est-il, en grande partie, parvenu…

Seul dans sa chambre, Maurice, dit Momo, a décidé de nous faire connaître son univers et ses revendications en une sorte de conférence sur lui-même… En réalité, Momo n’est plus tout à fait un enfant… Et pas encore un adulte. Un préado dirons-nous. Il nous décrit ses relations avec ses parents, l’école, les autres, le monde des adultes, telles qu’il les vit jour après jour… Les relations avec le père sont particulièrement difficiles. Ce dernier supporte mal, en effet, de voir et entendre son fils parler tout seul : « Tu parles à des murs, Momo ! Il n’y a personne dans ta chambre!» lui crie-t-il, ignorant totalement la dimension ludique mais aussi théâtrale de la situation… Momo, tout à son jeu, est tout seul à voir qu’il y a du monde autour de lui, sur les murs de sa chambre. Evoluant dans une forme scénique ovoïde, une sorte de cirque (le théâtr’œuf) pouvant évoquer l’univers intra utérin, Momo fait quelquefois appel à Zorro ou à Cochise, le grand chef apache… Des musiques et des chants indiens viennent apporter le souffle de la grande prairie comme un appel au rêve et à l’aventure vers les grands espaces. C’est aussi parfois Nounours qui apparaît; mais son déguisement peut servir aussi à dissimuler une horrible sorcière ! La réalité, peut-être? A moins que ce ne soit sa caricature ?

Portant sur ses épaules la forte présence, le discours et le jeu permanent de ce personnage fougueux de Momo, Emmanuel Drap fait preuve d’une énergie étonnante, celle dont sont souvent porteurs, très tôt,  es enfants eux-mêmes. Il excelle dans les changements de registres d’expression. La reprise de contact finale de Momo avec son père est plutôt pour ce dernier une retrouvaille avec son propre état d’enfance et sa propre capacité à s’émerveiller… A briser la carapace qui l’enserre afin de jeter à nouveau sur le monde, son Murmonde à lui, un regard neuf… Et retrouver aussi, peut-être, une nouvelle innocence…

Le Murmonde : le cri de l’enfance…
Gérard Dusserre – Avignews / Avignews.com

Le TRAC de Beaumes de Venise présente ici une approche percutante de l’univers de l’enfance.
Le jeune comédien Emmanuel Drap tient le spectacle à bout de bras, au centre d’une scène circulaire. Il interprète un enfant, Maurice, dit Momo, perturbé par les rapports difficiles qu’il entretient avec le monde écrasant des adultes. Exposant comme le ferait un conférencier devant son auditoire, il propose son point de vue sur sa dure réalité. Entraîné par son imagination, rempli d’énergie mais aussi de craintes, il est le seul à voir les personnages qui viennent le visiter dans sa chambre. Il y a là, par exemple, le chef indien Cochise, symbole de la résistance ou encore Zorro. Ces rencontres le rassurent un peu, seulement son père paraît incapable de le comprendre et de communiquer avec lui. Comment sortir de cette impasse ?

Cette représentation soulève des questions importantes sur la difficulté, finalement souvent inaperçue, d’être un enfant. Le texte est riche et particulièrement bien mis en valeur par des comédiens appliqués. Emmanuel Drap incarne son personnage avec beaucoup de conviction et sa performance est remarquable. Le propos et la mise en scène de ce spectacle suggèrent des pistes de réflexion essentielles sur l’incommunicabilité entre les enfants et des parents parfois/souvent trop sérieux pour voir le monde autrement.

Vu pour vous : Le Murmonde
Pierre Santucci – L’Hebdo Le Comtadin

L’enfance… période de la vie bercée de tendre insouciance dirions-nous ! Ce n’est pourtant pas la vision que partage le petit Maurice qui nous invite à sa conférence. Cloitré dans sa chambre, le jeune garçon dénonce l’aveuglement des adultes, mais aussi l’absurdité de leur monde façonné par le regret et la frustration. Entre quatre mus, Momo se confronte à l’indifférence de son père et fait part avec sincérité de son angoisse existencielle : celle de grandir trop vite. Tout autour de lui, son public l’observe. Alors qui d’autre que le comédien Emmanuel Drap pour interpréter avec fougue et fraicheur un tel rôle ? Cette graine d’artiste se fond avec humour et tendresse dans la peau de cet “animal ludique” qu’est l’enfant. Et lorqu’il vous transmet ses désirs, ses peurs, le jeune comédien nous fait passer du rêve à la réalité, de l’évasion à l’enfermement, en conservant une osmose intime avec son public !

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

beaucoup de bruit pour rien

Amateurs de sensations fortes ? Venez au théâtre ! Shakespeare a déjà été vu, étudié, mis en scène et représenté 26 000 fois ? Oui, mais pas encore par les 26 000 couverts!  Ce nom ne vous met-il pas déjà l’eau à la bouche ? Du théâtre de rue qui vient jouer le répertoire dans une “vraie” salle, voilà de quoi réjouir votre estomac qui aurait faim d’originalité bien sûr ! Mais de quoi peut-on encore être sûr à notre époque ? Et le théâtre n’est-il pas le lieu même du changement perpétuel, de l’insaisissable métamorphose ?
Les 26 000 couverts vous ont mijoté un spectacle de résistance dont les ingrédients, cuits à feu vif… d’esprit, vous laisseront en bouche le merveilleux goût du plaisir d’avoir partagé un pur moment de théâtre, unique et poétique. On ne voit pas le temps passer pendant ce repas avec eux, et le dessert est à l’image du reste : pétillant, exubérant… et réjouissant !
Ce spectacle fait voler en éclat toutes les conventions théâtrales et réduit en cendres le quatrième mur… et pourquoi pas les trois autres d’ailleurs ? Ne cherchez pas le côté cour et le côté jardin, acceptez de perdre tous vos repères, profitez pleinement du moment et laissez-vous embarquer dans cette douce folie délirante… mais tellement agréable ! Jamais une pièce du répertoire n’a parue aussi contemporaine, et jamais le spectateur ne s’est senti aussi impliqué dans la représentation, et aussi proche des acteurs…
Entrez donc dans ce feu d’artifice théâtral que vous propose l’imagination débridée de Philippe Péhenn, le metteur en scène ! Un monde où l’on peut construire l’inattendu, où les prêtres peuvent être lubriques, où les fantômes peuvent parler anglais, et où les acteurs peuvent être… des hommes ordinaires…
Ici tout le monde est mis à contribution, mais on ne cherche pas à plaire : les théâtreux en repartent honteux, les professeurs de Français en repartent vexés, les reporters en repartent en colère… le seul qui ne veut pas en partir, c’est vous, c’est moi : le spectateur qui voudrait prolonger… son bonheur.
Ainsi donc si les 26 000 couverts viennent dresser leur table près de chez vous et vous invitent à leur banquet théâtral, n’hésitez pas une seconde ! Ils sauront vous mettre en appétit, et vous passerez sans soucis en compagnie de cette compagnie l’une des meilleures soirées… de votre vie !
Publié dans: on 28 juillet 2009 at 00:00 Laisser un commentaire
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COCHONS D’INDE

Cochons d'Inde 1

Molière de la meilleure pièce comique, et Molière du meilleur comédien ? On y va les yeux fermés, certain de passer un bon moment ! Eh bien ça nous apprendra… Ce fut loin d’être le cas. Le rideau s’ouvre et on est déçu dès la première seconde par le décor. L’intérieur d’une banque, laid, réaliste, absolument inintéressant, aussi froid, blanc, et aseptisé que l’idée qu’on peut se faire d’un asile psychiatrique. Tout à fait propice en fait à accueillir la folie, douce ou furieuse, de la bande de cinglés qui va entrer sur scène.
La lecture du résumé laisse perplexe, aussi perplexe que laisse la pièce elle-même pour tout dire : un homme riche entre dans une banque pour retirer de l’argent. Quoi de plus banal dans notre société ? Malheureusement pour lui, la banque vient d’être rachetée par un groupe indien : parce qu’il est beaucoup plus riche que ses parents, on accuse ce pauvre… riche d’avoir changé de caste et les employés l’enferme dans la banque pour étudier son cas et le juger. Vous êtes perplexe là non ? Deux cas de figure alors : soit on se dit “non mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?” et on n’ va pas; soit on se dit “tiens, comme c’est original !” et on y va. Pour ma part en fait, je me suis dit “non mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?” et j’y suis allé.
La pièce est écrite par Sébastien Thierry, qui joue l’employé de banque, légèrement autiste (ou débile, selon), puceau, complexé, frustré, aux penchants homosexuels, en manque d’affection et de reconnaissance. Il s’est donné le beau rôle, comme vous pouvez le constater, mais reconnaissons qu’il endosse très bien la peau de ce personnage minable et pas vraiment drôle. Josiane Stoleru assure le service minimum, plutôt insipide jusqu’au moment où, elle aussi en manque d’affection et de reconnaissance (tiens ?), se jette sur Patrick Chesnais comme une chienne. N’allez pas voir là une expression triviale : elle fait vraiment la chienne sur scène, à quatre pattes, et en aboyant. Là elle n’est plus insipide : elle est ridiculement mauvaise. Si on ajoute à cette équipe d’employés complètement frappés, Dieu lui-même, le nouveau directeur indien de la banque, qui sait faire apparaître des jambons quand on lui demande gentiment, on atteint vraiment le point-de-non-retour-du-grand-n’importe-quoi-qui-fait-plus-rire-du-tout. La seule chose d’agréable dans ce spectacle est heureusement Patrick Chesnais, sur qui repose la pièce, et dont le naturel à toute épreuve, l’humour et la présence, apportent enfin un souffle de qualité sur l’ensemble.
On nous présente la pièce comme une histoire kafkaïenne, alors en voyant les turpitudes de ce pauvre homme qui se confronte à l’absurdité de l’administration, on rigole fort, comme pour se persuader qu’on va passer une bonne soirée. Se rassurer aussi, vu le prix des places. Mais la sauce ne prend pas. L’ensemble souffre d’un manque de rythme crucial, de longs silences, sensés être drôles et montrer l’incompréhension du protagoniste, mais qui ne font qu’étirer la pièce sans la fortifier. Tout cela n’est donc pas très drôle, surtout pas fin, original certes, mais mal exploité, une pointe de racisme malvenue, et une fin qui finit d’achever le ridicule et l’inintérêt de l’histoire. Quant à la mise en scène, inutile d’en parler puisqu’il n’y en a pas. Le texte est donc extrêmement décevant, et le talent de Patrick Chesnais ne suffit pas à racheter la pauvreté du reste. On espère vite revoir ce grand acteur dans une pièce à sa hauteur ! Celle-ci ne mérite vraiment pas le détour.
Publié dans: on 26 juillet 2009 at 15:17 Laisser un commentaire
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DEMAISON S’ENVOLE

Demaison s'envole 1

Pas vraiment adepte des one-man-shows qui prolifèrent à notre époque, permettez-moi de sortir du lot François-Xavier Demaison. On connait l’incroyable histoire de cet homme : riche trader à New York, il décide de changer de vie le jour où deux avions ont réussi à détruire en même temps deux tours et l’idée du capitalisme triomphant. Ne voulant plus “perdre sa vie à la gagner”, il retourne en France et plonge ans sa passion de toujours : le théâtre ! Commence une période de galère, puis sa rencontre avec Samuel LeBihan qui accepte de le produire. Le succès de son spectacle arrive alors, et son visage commence à nous être connu dans de nombreux longs-métrages jusqu’à son rôle de Coluche qui le consacre dans le film d’Antoine de Caunes.
Il mettait fin à une tournée de 600 représentations en jouant ce soir-là la dernière de son spectacle, spectacle qui retrace son parcours depuis son changement radical de vie jusqu’à la concrétisation de ses rêves de théâtre. Sur un plateau nu, à l’aide d’une simple chaise et d’un châle qu’il utilise de façon très ingénieuse, il fait vivre devant nous toute une galerie de personnages qu’il a rencontrés. Il les fait vivre, car il les incarne, il se transforme, devient méconnaissable de façon impressionnante, physiquement, vocalement. On croise ainsi un animateur de séminaire, un prof de boxe, un castor, un vieux comédien, un crooner islandais, un chauffeur de taxi africain, une grand-mère russe…
Il est un, il est cent, il passe de l’un à l’autre de façon magistrale, dessine pour nous des personnages très hauts en couleurs. C’est toujours drôle, jamais vulgaire, souvent sensible, parfois émouvant. Demaison est un grand. Même quand il joue un castor, il EST un castor. Raconter sa vie est un prétexte pour peindre des portraits délirants, décalés, à mourir de rire. Il s’envole véritablement sur scène, et on le suit avec délice, dans un grand éclat de rire. Ca fait du bien.

LE POINT SUR ROBERT

Le point sur Robert

Fabrice Luchini, on le déteste ou on l’adore. Il s’est construit un tel personnage médiatique qu’il me parait impossible de lui être indifférent. Une soirée en sa compagnie (même s’il y a 1200 autres personnes avec vous) on s’en réjouit à l’avance, on la savoure avec passion, et on en garde longtemps le délicieux souvenir.
Dans ce spectacle au succès fracassant, qu’il tourne depuis des années et qui est toujours aussi demandé, il nous invite à faire le point sur Robert (donc sur lui-même, car il s’agit de son vrai prénom). Et c’est ainsi qu’il mélange son propre parcours et des anecdotes personnelles avec des textes qui l’ont marqués, de Barthes, Valéry, Rimbaud, Flaubert, Nietzsch… On sait une trame établie, préparée, mais comme pour mieux pouvoir le laisser improviser, parler au public, et partir dans son délire… A nous de nous accrocher pour le suivre ! Ca vaut le coup.
Le spectacle qu’il nous propose là, on le sent bien, ne peut jamais être le même chaque soir, et c’est là l’extraordinaire de son talent d’orateur et d’improvisateur. Qui d’autre que lui peut réciter une fable de la Fontaine en verlan ? Passer d’une page de Salammbô à une chanson de Johnny Hallyday ? Ou danser sur “Staying alive” au milieu de sa rencontre avec Roland Barthes, ou de l’hilarant récit du four que fut le film “Perceval le Gallois” de Rohmer, son premier rôle principal au cinéma ?
Ajoutez une pincée de gentille politique, de nombreuses apostrophes à un public très réactif, une énergie stupéfiante, et vous avez le personnage dans toute sa splendeur. Une soirée avec Luchini, c’est inénarrable. On rit, on est émus, on apprend des choses, on découvre des textes superbes, et des poèmes qui devinrent magiques sous la voûte étoilée de ce théâtre estival de plein air. Une soirée avec Luchini, on en ressort heureux, épuisés, comblés. C’est une expérience à faire.

UNE VOIX SOUS LA CENDRE

Une voix sous la cendre

Alain Timar, metteur en scène et scénographe de talent, nous propose cette année de donner vie sur scène au témoignage du polonais Zalmen Gradowsky : déporté à Birkenau, il est transféré au Sonderkommando, chargé d’aider les SS à brûler les cadavres et enfouir ou disperser leurs cendres. Il fut probablement tué en octobre 19944 durant la révolte du Sonderkommando dont il fut un des chefs. Témoignage fort dans sa vérité, poignant dans son horreur, comme le donne à penser le début, prometteur pour le moins :
“J’ai écrit ce texte à l’époque où je me trouvais au Sanderkommando. J’ai voulu le laisser, ainsi que de nombreuses autres notes, en souvenir pour le futur monde de paix, afin qu’on sache ce qui s’est passé ici. je l’ai enterré dans les cendres en pensant que c’était l’endroit le plus sûr, où l’on creuserait sûrement afin de retrouver les traces des millions d’hommes qui ont péri… Nous, les membres du Sonderkommando, voulions depuis longtemps mettre fin au terrible travail qu’on nous a forcé à faire sous peine de mort. Nous voulions faire quelque chose de grand. Les hommes du camp, une partie des Juifs, des Russes et des Polonais nous ont retenus de toutes leurs forces et obligés à reporter la date de la révolte. Mais le jour est proche. Il peur survenir aujourd’hui ou demain. J’écris ces lignes au moment du plus grand danger et de la plus grande excitation. Puisse l’avenir prononcer spn jugement sur la base de ses notes, puisse le monde y apercevoir au moins un pâle reflet du monde tragique dans lequel nous avons vécu…”
L’acteur chargé de redonner vie à cette voix enfouie sous la cendre est François Clavier. Et toute la déception vient de lui. Car en effet, et malgré un fond passionnant, nécessaire, fort, le spectacle est une déception. On pénètre dans l’obscurité du théâtre des Halles, les murs et le plateau noirs et nus, large, très profond, mais bas de plafond, on a bien l’impression d’un bunker. Rien ne peut accrocher l’oeil, excepté ce grand carré blanc en fond de scène. Dans cette large surface désolée apparaît François Clavier. Déjà très grand, large d’épaule, il est vêtu d’une veste qui lui est encore trop grande, d’un pantalon laid et mal coupé, tout cela est sans doute voulu, mais cela lui donne un aspect maladroit et ridicule. C’est mal parti.
Son monologue se déroule, entrecoupé de quelques notes de violons, un peu serinantes, et l’ensemble parait long, avec certaines apostrophes dérangeantes et malvenues au public, “cher ami”, invité à suivre le récit de cet horrible voyage.  L’acteur dégouline littéralement sans vraiment faire grand chose, on le plaint, on voudrait compatir, partager l’émotion qu’il tente de nous donner. En vain. Il donne l’impression de maîtriser ni son corps ni ses silences, ses gros points fermés qu’il agite violemment font sourire. Et il n’amène rien de nouveau, et on s’ennuie. Les ordres des allemands sont criés, le reste du temps ce n’est que du pathos. Ma prof d’Histoire ne m’aurait pas plus ému.
Ce témoignage là est loin d’être le plus bouleversant, et ce thème si important aurait mérité d’être bien mieux traité. Cinq personnes en tout sont sortis pendant la représentation. L’embryon d’émotion qu’on aurait peut-être pu commencer à ressentir est complètement brisé à la fin en même temps que l’illusion théâtrale quand, en silhouette devant le carré blanc, l’acteur nous indique que le texte s’arrête là, donc que c’est fini, mais qu’il nous invite à lire d’autres témoignages de ce genre. Quelle erreur cette fin !
Comme tout est nu, et on félicite cette sobriété bienvenue, on ne voit que François Clavier. Et ses larges épaules ne suffisent pas à porter seules ce spectacle. Timar a pourtant fait un très bon travail de scénographie, comme à son habitude, dans une sobriété malheureusement aseptisé qui ne peut laisser poindre l’émotion humaine. Mais l’idée géniale est ce grand carré blanc en fond de scène : sans que l’on s’en rende compte, il avance vers nous régulièrement et imperceptiblement pendant 1 heure 20 jusqu’à coincer l’acteur à 2 mètres du public. Probablement ce rétrécissement de l’espace “vital” du comédien voulait donner un goût d’étouffement pour rappeler les camps de concentration. On applaudit cette idée, même si elle ne marche pas du tout. Ce grand carré, lorsqu’on s’aperçoit qu’il est soudain très proche de nous, donne l’impression d’enfin pouvoir respirer face à sa blancheur immaculée et, paradoxalement, ouvre l’espace.
Bravo pour le choix du thème, le choix de la sobriété, mais pas le choix de l’acteur. Ce spectacle est là pour toucher, faire réfléchir, témoigner de l’Histoire. Malheureusement, c’est raté : on en ressort blasé, déçu et sans aucune émotion.